En cette année de Coupe du monde en France, l’Usep Haute-Garonne s’appuie sur le rugby pour décliner le thème de l’inclusion lors de la Semaine olympique et paralympique. Des adaptations pour les élèves en situation de handicap ont été travaillées avec le comité départemental du sport adapté, partenaire avec celui de rugby des quatre rencontres organisées dans l’agglomération toulousaine.

L’esprit du rugby tout entier tient dans ce ballon que l’on serre contre son cœur avant de le passer à un coéquipier. Oui, mais si un enfant le jette n’importe où, ou au contraire refuse de le lâcher ? S’il ne bouge pas sur le terrain ? S’il crie et s’agite ? Ou si les autres évitent de lui faire la passe parce qu’ils ont identifié son handicap ?

Fiche observation

Ce sont là les situations sur lesquelles ont travaillé le comité Usep de Haute-Garonne et son homologue de la Fédération française du sport adapté. Le fruit de cette collaboration est un document où les observations de l’enseignant sont traduites en hypothèses renvoyant à des suggestions d’adaptation. Car si un enfant jette le ballon, c’est peut-être parce qu’il n’intègre pas le fait qu’il y a des équipes, ou qu’il n’a pas compris que les passes doivent être effectuées vers l’arrière. On peut alors l’aider, en le guidant oralement ou en lui demandant, avec des mots simples, de se tourner vers un coéquipier avant de faire la passe. Et si son geste s’explique par une trop grande excitation, jusqu’à lui faire perdre ses moyens et oublier les consignes, la fiche observation suggère de lui « donner un temps calme ».

Autre exemple, l’enseignant constate que les enfants évitent de passer à leurs camarades moins performants. Une réponse simple consiste à adapter la règle : l’essai ne sera accordé que si un enfant en situation de handicap a tenu le ballon pendant l’action. Mais peut-être l’enfant en situation de handicap est-il tout simplement mal placé. Une aide verbale personnalisée, ou celle d’un binôme sur lequel calquer son placement lui permettront alors à mieux se situer sur le terrain afin de participer pleinement au jeu.

Des enfants « extraordinaires »

Lundi 3 avril, une centaine d’enfants de l’Usep et 17 autres, scolarisés en instituts médico-éducatif, se sont ainsi retrouvés sur les terrains de la Maison du rugby d’Occitanie. « Nos écoliers savaient à l’avance qu’ils partageraient cette rencontre avec des ‘’enfants extraordinaires’’ et, avant la rencontre, nous leur avons rappelé qu’il faudrait s’adapter à eux en faisant passer le message qu’aujourd’hui, gagner les petits jeux proposés était secondaire. Et ça a très bien fonctionné, même si à l’exception d’une petite fille autiste et d’un de ses camarades, la plupart des enfants d’IME sont partis après le pique-nique, sans participer aux matchs de l’après-midi : leurs éducateurs estimaient que c’était un peu trop lourd pour eux », explique Étienne Pouilly, enseignant à l’école Peire Godolin de Toulouse et nouveau chargé de mission Usep à 50 % de son temps.

« Dans l’atelier ‘’3 contre 1’’ que j’animais le matin, poursuit Étienne Pouilly, j’ai constaté avec plaisir que les enfants suivaient bien les recommandations. Les plus experts ne s’engageaient pas à 100 % : ils ralentissaient leur course et soignaient leurs passes, et à l’inverse ne montaient pas trop vite sur l’attaquant quand ils se retrouvaient en position de défenseur. »

L’image que retient l’enseignant et organisateur, c’est aussi celle des enfants d’IME levant les bras avec une joie décuplée quand leur équipe allait à l’essai. « Les enfants de cursus traditionnel les célébraient eux aussi, c’étaient des moments forts. »

Essai transformé

Le lendemain mardi, 165 enfants se sont retrouvés au stade du TOEC (Toulouse olympique employés club). « Cette fois, la majorité des 14 enfants d’établissements spécialisés sont restés l’après-midi et ont été pleinement associés aux petits matchs », confirme Claire Courtial, l’une des enseignantes qui tenaient le sifflet.

Alors, certes la métaphore de l’« essai transformé » est un peu usée, mais elle colle parfaitement à la rencontre inclusive rugby. Reste encore à la généraliser au-delà de la participation des enfants d’IME, en veillant aussi à toujours adapter le jeu aux enfants « singuliers » scolarisés en classe « ordinaire ».

 

L’aboutissement d’un cycle rugby

Les quatre rencontres Scolarugby organisées les 3, 4, 6 et 7 avril dans l’agglomération toulousaine en partenariat avec la FFSA et la FFR auront réuni 600 enfants des écoles de Toulouse, Castelnau-d’Estrétefonds, Lapeyrouse-Fossat, Lherm et Caraman. Ces rencontres concrétisent un projet qui s’appuie sur des cycles d’apprentissage associant EPS, art visuel et enseignement moral et civique. Le « plus » a notamment consisté en l’accompagnement de l’enseignant par un conseiller technique de club pour l’une des séances d’éducation physique et sportive. Mardi 4, les enfants ont également reçu la visite de Pierre-Samuel Pacheco et Waël Ponpon, à la fois joueurs de l’US Colomiers, parrains de l’opération et anciens usépiens, qui ont ainsi trouvé à occuper leur journée de repos. Le 14 avril, les enfants sont d’ailleurs conviés avec leurs proches à un match de ce club de Pro D2 de la banlieue toulousaine où le sélectionneur de l’équipe de France de rugby, Fabien Galthié, effectua l’essentiel de sa carrière. « Après une première invitation pour le match du 30 mars, nous serons cette fois plus de 400 », précise le délégué Usep, Julien Montiton. Largement de quoi faire entendre le chœur de l’Usep parmi les encouragements !