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Comment favoriser la réflexion des enfants sur la question de la laïcité ? À l’occasion de la Journée nationale du 9 décembre, l’Usep propose de leur faire vivre, dès la maternelle, des rencontres autour de jeux coopératifs et de temps de débat prolongés par la création d’un arbre de la laïcité, explique Charlotte Carré, élue nationale et co-animatrice avec Geoffroy Noir du nouveau groupe de travail en charge de la thématique.

Charlotte Carré, l’Usep souhaite donner une dimension particulière à la Journée nationale de la laïcité du 9 décembre 2020 : est-ce en écho à l’émotion suscitée par le meurtre du professeur d’histoire Samuel Paty ?

Évidemment oui, et aussi en écho aux soubresauts que connaît la société française depuis plusieurs années. L’assassinat de Samuel Paty a suscité l’émotion parmi les professeurs des écoles, et le trouble parmi les enfants. L’Usep s’étant donné pour mission de former des « citoyens sportif », nous avons voulu mettre l’accent sur le vivre ensemble, et plus précisément le vivre ensemble à l’école, qui pour les enfants est la traduction la plus concrète du concept de laïcité.

Rendre un hommage national à Samuel Paty, comme cela a été fait dans les établissements scolaires en observant une minute de silence, est important, mais il est difficile de donner à ce geste tout son sens à l’école élémentaire, particulièrement en maternelle. Et la lettre aux instituteurs de Jean Jaurès est un outil intéressant, et concerne de surcroît l’enseignement du premier degré, mais elle s’adresse aux enseignants. Pour aller plus loin, nous avons travaillé sur des rencontres sportives associatives permettant aux enfants de se questionner, d’échanger et de verbaliser autour de la laïcité. Les associations sont invitées à organiser du 7 au 11 décembre ces rencontres intitulées « Faire vivre la Charte de la laïcité à l’Usep », en complément des actions initiées par la Ligue de l’enseignement.

Ces rencontres ont été imaginées par un nouveau groupe de travail national, en charge de la laïcité…

Ce groupe de travail, qui réunit une douzaine d’élus et de délégués départementaux, a été constitué à l’issue d’une webconférence très suivie, début novembre. Nous avons vite convenu qu’il fallait travailler sur chacun des trois cycles de l’école élémentaire, autour de trois axes : bouger, pacifier et construire. Cela se traduit par des rencontres en trois volets : « bouger » à travers des activités physiques, « penser et débattre » lors d’ateliers et « produire et créer » un arbre de laïcité.

À quoi cela ressemble-t-il, un arbre de la laïcité ?

Ce peut être une création graphique intégrant des mots ou des images symboles, ou bien un vrai arbre, planté dans la cour de l’école ou devant la mairie par exemple. Les plus petits accrochent aux branches des mains colorées ou des cocardes avec leur photo, et les plus grands des mots-banderoles relatifs au vivre ensemble, ou une cocarde où est écrit l’article de la Charte de la laïcité qu’ils préfèrent1. Cet arbre symbolise la journée et l’implication des enfants et permet de communiquer auprès de l’Éducation nationale, de la commune, des parents et de la presse locale.

Au-delà de cet arbre symbole, comment aborde-t-on le thème de la laïcité à travers une rencontre sportive scolaire ?

Au sens large, la laïcité c’est le vivre ensemble, que nous illustrons par des jeux coopératifs et coopétitifs tirés de notre palette. L’Ageem nous a également apporté des ressources pour les maternelles. Ensuite, pour permettre aux enfants de verbaliser, nous disposons de deux outils, le Remue-méninges et le débat associatif. Les enseignants aborderont avec eux des sujets qui leur sont proches. Pour les maternelles, les CP et les cours élémentaire, la question portera sur le partage de la cour d’école. Ça leur parle, c’est leur quotidien.

Et pour expliquer ce mot abstrait de « laïcité » ?

C’est en effet un mot compliqué. C’est pourquoi nous proposons une sélection d’outils2 s’adressant aux enfants et aux enseignants. L’idée est également de susciter la réflexion au sein de l’équipe enseignante : pas sur la laïcité elle-même, mais sur la façon de la faire vivre et de l’expliquer aux enfants. L’idéal est que toute l’école puisse interagir en même temps : cela a davantage d’impact que la seule initiative d’un enseignant dans sa classe. De même, il faut absolument s’efforcer d’associer les parents à la démarche, et travailler sur ce triangle enseignants-parents-enfants.

C’était le cas lors de journées de la laïcité organisées en Indre-et-Loire en 2019…

Exactement. Nous souhaitons d’ailleurs nous inspirer d’autres initiatives locales ou départementales, comme la Quinzaine de la laïcité du Loiret ou le « Tour de la laïcité » que la Guadeloupe propose jusqu’au 18 décembre.

Comment adapterez-vous ces rencontres aux contraintes sanitaires actuelles ?

Nous proposons une rencontre pouvant se décliner de trois façons : dans la classe, dans un groupe élargi, et enfin à la maison si la classe est mise en isolement. Mais, dès que cela sera de nouveau possible, l’objectif est d’organiser des rencontres brassant les classes ou réunissant plusieurs écoles.

L’action sera donc reconduite l’an prochain…

Elle se veut pérenne et, dès 2021, nous lui donnerons plus d’ampleur en l’organisant du 20 novembre au 9 décembre, période qui va de la Journée des droits de l’enfant à la Journée de la laïcité, en passant par la Journée du handicap du 3 décembre. Car ces trois thèmes sont trois facettes du vivre ensemble qu’incarnent les rencontres sportives Usep.

(1) Ce qui exige un travail didactique en amont, tandis que la cocarde permet d’établir un premier lien avec les symboles de la République.

(2) Pour les enfants : la Charte de la laïcité expliquée aux enfants, un diaporama sur l’histoire de la laïcité, des scénettes pour comprendre ce qu’est la laïcité… Pour les adultes : une définition, la Charte de la laïcité à l’école, une vidéo, des images supports…