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263 associations d’école, soit 937 classes, dans une cinquantaine de départements, ont répondu à l’invitation de Faire vivre la Charte de la laïcité à l’école avec l’Usep durant la semaine du 7 au 11 décembre. Qu’est-ce que les enseignants ont souhaité transmettre ou susciter chez les 20 000 enfants qui ont participé à cette action ? Quels ateliers sportifs ou de débat ont-ils privilégié ? Quel intérêt voient-ils à ce type de journée ? Témoignages d’enseignants des Pyrénées-Orientales, de la Loire, des Pyrénées-Atlantiques, de la Vienne et de Haute-Garonne.

« La laïcité se vit à travers chaque discipline »

Maggy Delbart, enseignante de CM2 à l’école Jacques-Prévert de Casbestany (Pyrénées-Orientales), où l’action a été menée sur la semaine, en reliant les différentes matières (activités artistiques, EPS, langues, éducation morale et civique, histoire) au projet :

« L’objectif était de transmettre à travers l’activité sportive les valeurs de la République et de lutter contre toutes les formes de discriminations en apprenant le vivre ensemble, l’égalité, l’équité…  Ce qu’a exprimé à sa manière Alice, 10 ans, lors d’un atelier Remue-méninges :  « On est tous égaux, il ne doit pas y avoir de différences entre nous. Mais l’équité dans le sport, c’est aider ou donner plus à ce qui en ont besoin ou qui sont en difficulté ». »

Ateliers. « Débattre autour de la notion de vivre ensemble a permis de faire ressortir des valeurs comme la liberté, le partage, la coopération. Pour cela, le Remue-méninges est un dispositif très intéressant en ce qu’il laisse la place à chacun de s’exprimer, ou pas, tout en écoutant les uns et les autres, dans le respect et le partage. À partir de ces échanges, les élèves ont réalisé leur arbre de la laïcité, fruit de leur implication. Ensuite, la « course équitable » a permis de faire le lien avec les expressions des enfants et vivre l’équité en laissant à chacun une chance de gagner, en fonction de ses possibilités. »

Quotidien. « Pour moi, à l’école la laïcité se vit au quotidien, à travers chaque discipline. Et une journée comme permet de valoriser l’implication des élèves et les productions qui l’incarnent. En ce qui me concerne, j’aime travailler la dimension transversale à travers l’EPS : c’est un moyen de rendre active et réelle l’instruction civique et l’ensemble des valeurs qui nous permettent de vivre ensemble. C’est dans les comportements quotidiens, et notamment à travers le sport, que se développe la connaissance de soi et des autres. C’est aussi pourquoi, j’aborde les rencontres sportives associatives de l’Usep comme un projet où les élèves sont acteurs et concepteurs de leur rencontre, et où chacun trouve sa place. Cela participe à la fois de leur parcours citoyen, de leur parcours artistique et culturel et de leur parcours éducatif de santé. »

« L’arbre de la laïcité est un manifeste »

Pierre-Olivier Dupin, directeur de l’école élémentaire Molina, à Saint-Étienne (Loire), où l’action s’est déroulée sur une journée, avec un « relais solidaire » sur le temps méridien :

« Au-delà de la notion de laïcité, parfois vague pour des élèves de cet âge, il s’agissait de partager des valeurs d’entraide, de coopération et de solidarité. Ce sont essentiellement nos élèves de cycle 3 qui ont participé, et le hasard a voulu que ce même jour ait lieu l’élection au conseil municipale des enfants de la ville de Saint-Étienne. Cette journée a participé à double titre à la construction des petits citoyens que sont nos élèves. Et je retiens l’attitude d’Imran, élève en Ulis (Union localisée pour l’inclusion scolaire) avec des troubles du comportement et de la violence. Durant la pose méridienne, alors qu’il mangeait à la cantine et s’est mis à courir avec plaisir avec les adultes qui avaient pris le relais. »

Ateliers. « L’atelier sportif consistait en un relais individuel et collectif sur la journée. Sur un parcours de 200 m, enfants et adultes (dont un papa) ajoutaient un bouchon à chaque tour réalisé, pour une belle performance finale de 780 km. Pour construire l’arbre de laïcité, des mots force ont été recherchés par les élèves : paix, amour, liberté, solidarité… Le rendu dépasse nos espérances.

Collectif. « Dans notre école de 13 classes, située en Rep+ et avec des élèves en Ulis, de telles journées sont très fédératrices et traduisent bien l’aphorisme que nous avons fait nôtre : « L’éducation est un sport collectif ! ». Cela nourrit en effet l’appartenance à un collectif, tout comme la Semaine olympique et paralympique à laquelle nous avons participé l’an dernier. Un collectif que symbolise aussi l’arbre de la laïcité (un vrai, habillé façon patchwork), qui avec le mot « laïcité » qui surplombe les élèves du haut des branches, et l’ensemble des valeurs apparentes sur tout le tronc, est aussi un manifeste réunissant tous les enfants. »

« En lien avec les référents du périscolaire »

Céline Albistur, enseignante en CE1-CE2 et directrice de l’école primaire Aice-Errota de Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), où sur une journée les 7 classes d’élémentaire ont participé à des activités sportives, dont une course équitable, et à un atelier débat :

« Les dernières semaines ont malheureusement rappelé à quel point la laïcité était un principe fondamental de notre République. Nous souhaitions associer ce principe important, difficile à comprendre pour certains, notamment pour les plus jeunes, à des moments sportifs qu’ils affectionnent toujours et qui sont essentiels, surtout en ces temps de confinement. Il s’agissait de mettre en pratique et donc de vivre la laïcité à travers l’EPS, et pas seulement d’en parler, afin que les élèves puissent mieux les comprendre et les intégrer, pour les mettre en pratique au quotidien. Et des expressions d’enfants, je retiens celle de Leia : « Je n’aime pas qu’on se moque, quand on dit que les Chrétiens sont crétins et que les Bouddhistes boudent ! ». »

Ateliers. Le principe de la course équitable est de donner un handicap aux élèves les plus rapides (partir de plus loin, et assis ou allongé), ce qui donne l’occasion aux plus lents de gagner au moins une course. Les débats se sont ensuite déroulés autour de la notion d’équité. Quant à la création des arbres de la laïcité, elle a été encadrée par une animatrice municipale et s’est effectuée sur une dizaine de jours, sur la pause méridienne. Enfin, l’action se prolonge jeudi 17 décembre à l’occasion d’une tamborrada (défilé de tambours) des CM1-CM2 organisée par la municipalité : tous les enfants chanteront la chanson « Liberté, égalité, fraternité » et danseront la flashmob, et les arbres de la laïcité seront tous exposés.

Collaboration. « Une telle journée a d’autant plus de retentissement auprès des élèves qu’elle constitue un temps fort qui sort du quotidien. L’intervention du délégué Usep et de son adjoint, venus animer les ateliers, et la collaboration entre les enseignants et le personnel communal, lui donne encore plus de sens. »

Demain. « Pour les prochaines séances d’EPS, nous réfléchissons à la façon de travailler plus spécifiquement sur la laïcité proprement dite que sur l’équité. Et toutes les enseignantes seraient ravies de reconduire cette journée l’an prochain, en renouvelant la coopération avec les référents du périscolaire. »

Et ailleurs :

À l’école des Tilleuls de Saint-Maurice-la-Clouère (Vienne), l’action s’est déroulée le mercredi 9 décembre et a impliqué tous les élèves, de la petite section de maternelle au CM2, avec des débats en classe en lien avec le programme d’EMC, et s’est achevée par une flashmob sur la chanson des Enfantastiques, « Liberté, égalité, fraternité ».

À l’école Jean-Jaurès de Saint-Alban (Haute-Garonne), trois classes de CM1-CM2 se sont retrouvées le 9 décembre après-midi autour d’un jeu équitable, d’un « manège » avec coopération, et d’une réalisation plastique. « Après de longues semaines de confinement, cette journée a permis de renouer avec ces pratiques coopératives, expliquent Isabelle Saroh, Matthieu Vital et Virginie Recazens, qui citent cette anecdote : Un élève au comportement instable, avec beaucoup de mal à gérer ses émotions, s’est mis à « bouillonner » quand son équipe a perdu la première manche du jeu des déménageurs à la suite des maladresses répétées de certains ses camarades. Mais il a retrouvé sa sérénité quand nous lui avons expliqué l’amendement équitable de ce jeu. Une façon de faire vivre la charte de la laïcité. »