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Labellisée Génération 2024 dans la perspective des Jeux olympiques, l’école Libération de Rochefort (Charente-Maritime) s’appuie sur la pratique du triathlon pour favoriser la réussite des élèves de ce quartier en difficulté. Rencontre avec Jean-Christophe Bouhier, directeur de l’école et président de l’association Usep.

Jean-Christophe Bouhier, votre école organise depuis trois ans un triathlon scolaire et vient d’être labellisée Génération 2024 par le ministère de l’Éducation nationale. Pourquoi avez-vous structuré votre projet d’école autour du sport ?

Je suis maître formateur et j’enseigne l’éducation morale et civique aux étudiants de l’Éspé. En travaillant avec les professeurs d’EPS, j’ai découvert les passerelles qu’il est possible d’établir avec le sport en matière d’éducation à la citoyenneté. J’y suis d’autant plus sensible que l’école dont je suis directeur est située dans un quartier dit en difficulté. De là découle mon intérêt pour le sport comme moyen d’apprentissage de valeurs relevant du vivre-ensemble.

Pourquoi avoir développé un projet spécifique autour du triathlon ?

J’ai répondu il y a 3 ans à l’appel à projets lancé par le ministère de l’Éducation nationale pour l’Année du sport de l’école à l’université, qui proposait d’associer le monde de l’école et celui du sport fédéral. Pratiquant le triathlon en club, je possédais un réseau et nous avons construit le projet autour des priorités éducatives nationales qu’étaient la natation et le vélo. En outre, une collaboration était déjà engagée au plan national entre l’Usep et la Fédération française de triathlon, ce qui a facilité les choses1. Le triathlon offre aussi le double avantage d’être un sport neutre médiatiquement et un sport de défi. C’est très intéressant pour des enfants en difficulté avec la pratique sportive ou l’estime de soi, car on est avant tout en compétition avec soi-même. À la différence d’un match de foot, où le « perdre-gagner » est plus difficile à gérer.

En quoi le projet consistait-il précisément ?

Nous avons intégré dans l’école de triathlon du club partenaire2 5 enfants de CM2 qui possédaient des capacités sportives mais avaient du mal à respecter les règles et à persévérer dans l’effort. Parallèlement, nous avons organisé en juin 2016 notre premier triathlon pour tous les enfants des classes de cours moyen, en y conviant d’autres écoles du rochefortais.

Quel a été le rôle de l’Usep ?

L’Usep nous a aidé à structurer notre projet. Dans le cadre de l’Année de l’olympisme à l’école – prolongement sur 2016-2017 de l’Année du sport de l’école à l’université –, notre triathlon s’est élargi à 13 classes, dont des 6es du collège voisin, et cette année la 3e édition a réuni plus de 400 enfants. La création d’une section Usep a également facilité le trait d’union entre temps scolaire et non scolaire, en permettant à des enfants titulaires d’une licence Usep et d’une licence fédérale de s’entraîner ensemble.

Quel impact le projet a-t-il sur la vie de l’école ?

Il a un effet d’entrainement et d’émulation qui profite aux initiatives plus étroitement scolaires. Notre projet triathlon a ouvert l’école sur l’extérieur et changé le regard porté sur elle par l’institution scolaire, les collectivités territoriales et les associations qui sont devenues nos partenaires.

Et la labellisation Génération 2024 ?

Elle s’inscrit dans la continuité. Nous remplissions déjà toutes les cases, du temps de pratique sportive à l’école au lien avec une athlète de haut niveau : la triathlète Audrey Merle, dont notre « challenge » porte le nom.

Cette labellisation a exigé de notre part un travail sur les indicateurs de réussite : impact sur le territoire, nombre de partenaires, d’actions mises en place et d’enfants touchés… En contrepartie, nous bénéficions d’une meilleure reconnaissance, avec à la clé davantage de moyens. Une éducatrice sportive, dont l’emploi est mutualisé entre le club, les collectivités et les associations partenaires, a rejoint le projet. Licenciée à l’Usep, elle est la référente auprès des enfants, en temps scolaire et en dehors.

Cela change quoi ?

Avec elle, chaque classe peut se préparer de manière spécifique au triathlon, avec 3 ou 4 « séances-clés » dans l’année. Cela a un impact direct sur l’apprentissage du vélo. L’objectif est que chaque élève de CM2 du territoire – et en particulier ceux d’écoles relevant comme la nôtre des réseaux d’éducation prioritaire, soit « sécure » à vélo. C’est une façon de réduire les inégalités sociales.

C’est aussi cela, la dimension citoyenne du projet ?

Oui, tout comme le fait de mélanger, sur toutes les séances de préparation, une classe en éducation prioritaire avec une autre qui ne l’est pas. Nous proposons aussi des sorties dans l’estuaire de la Charente ouvertes à tous les licenciés Usep. Pour des enfants qui sortent rarement de leur quartier, c’est une ouverture sur l’extérieur. Et ça résume bien l’esprit de ce projet conçu autour du triathlon.

 

(1) Dans le cadre de la convention Usep-FFTri, un document pédagogique commun est en cours d’édition en vue d’une opération nationale en 2018-2019. Le triathlon sera également l’activité support de la formation complémentaire d’octobre 2018.

(2) Après Rochefort Triathlon, le partenaire du projet est aujourd’hui Océan Triathlon.