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Parmi les 300 élèves du CP au CM2 qui ont participé vendredi 3 juin à l’étape nationale du P’tit Tour Usep, la grande majorité sont issus d’écoles englobées par la Cité éducative de Dreux-Vernouillet (Eure-et-Loir). Les moyens accrus déployés au bénéfice de l’éducation prioritaire y servent notamment à développer le Savoir Rouler à Vélo et, partant, l’autonomie des élèves et les mobilités actives. Ce projet porté par l’Usep s’efforce d’associer également les parents pour qu’ils s’approprient eux aussi la « culture vélo ». Et pourquoi pas refassent en famille ce parcours bucolique des bords de la Blaise, à deux tours de roue de chez eux.

Il est 8 h 30 et une atmosphère de grand départ règne dans la classe de Célia Coulon. Celle-ci n’est pas la moins fébrile : elle participe pour la toute première fois au P’tit Tour Usep avec ses CM1-CM2 l’école Jules-Vallès de Vernouillet, banlieue populaire de Dreux (Eure-et-Loir). Dernières consignes de sécurité, distribution des chasubles, ajustement des casques… Répartis en trois groupes de niveau homogène, les enfants franchissent ensuite de manière échelonnée le portail de l’école afin de se fondre plus facilement dans la circulation, encadrés par deux accompagnateurs adultes.

Rejoindre le lieu de départ officiel sur le stade de Vernouillet est un premier moment de vérité pour ceux qui ne sont pas encore très à l’aise. Une fois quitté le lotissement au milieu duquel se cache l’école, il faut traverser un carrefour très fréquenté, avant de retrouver une artère plus tranquille puis d’enjamber les quatre voies de la Nationale 12.

Abdelhamid, qui il y a deux mois ne savait pas faire de vélo et s’est entraîné pendant les récréations, peine à dépasser son appréhension. Il pédale plus lentement que lors des sorties d’entraînement, focalisé sur sa roue avant et le souci de raser le trottoir. Portée par le groupe, la petite Lucie, accueillie dans l’école en Unité localisée pour l’inclusion scolaire (Ulis), est en revanche rayonnante.

À l’aise le long de la Blaise

C’est au stade, en déposant leurs vélos parmi des dizaines d’autres dans une ambiance de kermesse, que les enfants prennent conscience de l’ampleur de l’évènement. Pour patienter, plusieurs ateliers leur sont proposés : maniabilité, ajustements mécaniques de dernière minute sur le stand des réparateurs de Decathon, ou révision de géographie afin de mettre Vernouillet sur la carte muette et de situer leur parcours. Il suit le cours de la Blaise, modeste rivière qui se jette dans l’Eure, qui elle-même est un affluent de la Seine. Les plus en jambes iront jusqu’à Saulnières, voire au-delà, tandis que les autres s’arrêteront pique-niquer à Aunay-sous-Crécy : 25 à 35 km pour les uns, une quinzaine sur les autres, en partie sur des chemins caillouteux ou herbeux qui font chuter la moyenne.

Sitôt s’être élancés avec les encouragements du speaker et des personnalités présentes – dont le Jérôme Paillette, le directeur académique (Dasen) –, les enfants sont plongés dans les sous-bois sur l’étroit sentier qui longe la rivière. Puis ils prennent un bout de route avant de pénétrer dans le domaine du château privé de Marmousse, que les propriétaires ouvrent chaque année au P’tit Tour. Là, deux membres d’une association de patrimoine proposent une pause historique en leur faisant découvrir les ancêtres des VTT d’aujourd’hui : une draisienne, un vélo doté de pédales mais pas encore de chaîne, et un grand-bi dont les roues disproportionnées font forte impression sur la jeune génération.

Accompagnateurs adultes

S’ils pédalent aujourd’hui, c’est aussi grâce à la participation d’autres adultes.  Or il n’est pas toujours aisé de recruter parmi les parents d’élèves quand ceux-ci sont étrangers à la pratique du vélo. Dans l’équipe constituée par Célia, il n’y a ainsi que deux parents : Éric, père d’Adam et adepte du VTT, et Isabelle, la mère de Lilou, qui conduit le camion-balai dans lequel Abdelhamid montera sur certaines portions du trajet. Les autres sont enseignants ou impliqués dans l’aide aux enfants de (Ulis). Il y a aussi Corinne, bénévole venue de Chartres recrutée sur les réseaux sociaux, et Pierre, le compagnon de la maîtresse, qui a pris une journée de RTT pour l’épauler dans la concrétisation de ce projet d’année.

« Sur la Cité éducative, il est plus difficile de recruter des parents disponibles et sachant faire du vélo, reconnaît le délégué départemental Usep, Aurélien Clouet. Mais le tout est de lancer la dynamique. Dans les écoles qui reviennent sur le P’tit Tour – 3 classes cette année pour Dreux-Ferdinand-Buisson de Dreux, 5 pour Vernouillet-Aragon –, les élèves sont désormais équipés, avec des vélos à leur taille et en bon état. Les parents ont pris l’habitude d’échanger ou de se revendre ceux devenus trop petits. Et ceux qui sont venus une première fois en redemandent ! Comme l’expliquait une directrice de l’école Aragon, si une année les enseignants hésitent à refaire le P’tit Tour, c’est la grosse déception ! » C’est pour renforcer cette dynamique à travers des formations que l’Usep a déposé une demande de financement de 10 vélos adultes.

Tour d’honneur

La place manque pour raconter les mille aventures de la journée, terminée par un double tour de piste, à l’arrivée des groupes puis toute la classe réunie. L’arche d’arrivée franchie, la maîtresse est soulagée et les enfants « pas si fatigués », voire euphoriques. Après avoir applaudi leurs camarades ayant surmonté leur timidité pour s’exprimer au micro lors d’une cérémonie protocolaire1 très bon enfant, tous font maintenant preuve d’un bel entrain lors d’une flash mob où de grands moulinets rappellent l’ardeur montrée un peu plus tôt dans le pédalage.

Pour les moins à l’aise à vélo, « c’est un accomplissement », et pour tous « une belle avancée sur le plan de la confiance ». « Ils ont aussi découvert des endroits qu’ils ne connaissaient pas », insiste Célia Coulon. Et encore, ce n’est qu’un début. Sans attendre l’édition 2023 du P’tit Tour, les CM1-CM2 de Jules-Vallès reprennent la route dès le 22 juin pour un Grand Cyclo Tour qui, avec 5 autres classes venues de tout le département, les conduira au château de Maintenon. Une trentaine de kilomètres, la participation à une grande rencontre pour la Journée olympique, puis retour le surlendemain par le même chemin.

Pas de doute : à la Cité éducative de Vernouillet et à l’école Jules-Vallès, la vélorution gagne chaque année davantage de terrain.

(1) S’y sont exprimés Emmanuel Barré, président de l’Usep d’Eure-et-Loir, Serge Billet, élu national en charge du P’tit Tour à vélo, le maire de Vernouillet Damien Stéphan, Olivier Cassonnet, inspecteur de l’Éducation nationale pour la circonscription Dreux 2, et Michel Guillemette, président du Comité départemental olympique et sportif. Il a été rappelé à cette occasion que le P’tit Tour mobilise cette année 3 500 enfants en Eure-et-Loir : 1 200 élèves de maternelle participant à des ateliers « roule » au milieu d’une randonnée pédestre, et 2 300 enfants de cycle 2 et cycle 3 circulant les uns sur des parcours protégés et les autres sur des routes ouvertes à la circulation afin de valider le bloc 3 du Savoir Rouler à Vélo.

« Les paysages étaient ultra-beaux »

« Les paysages étaient ultra-beaux et je ne connaissais aucun de ces endroits : Garnay, Tréon, Aunay-sous-Crécy… Du vélo, je savais en faire et j’ai le mien, mais avec la classe c’est autre chose. On s’est entraîné sur la route, sur les chemins, sur l’herbe, sous la pluie aussi. On a appris les consignes : s’arrêter au stop, serrer à droite, indiquer quand on tourne, passer l’information à ceux qui suivent… Sinon parfois ça montait un peu, mais ça c’est très bien passé. » Célia, élève de CM2 à l’école Jules-Vallès de Vernouillet

« La responsabilité d’un groupe »

« Je fais du VTT le week-end, parfois avec mon fils, mais là j’ai la responsabilité d’un groupe, cela demande beaucoup d’attention. Nous découvrons aussi le parcours, qui est plus long que lors des sorties de préparation. Le plus important, c’est de ne pas louper le lieu de rendez-vous du pique-nique ! La sécurité sur la route ? J’y suis d’autant plus attentif que je travaille dans une auto-école. Mon fils fait du vélo avec moi, mais pas en autonomie, car il n’y a pas de pistes aménagées. J’hésite à le mettre sur la route seul avec les voitures. » Éric, papa accompagnateur

« Des moments privilégiés »

« Je ne suis pas mère d’élève, juste une bénévole recrutée via internet ! J’aime la nature, le vélo et les enfants, j’en garde en plus de mon métier de comptable. Et c’est en maman que je dis aux parents : saisissez la chance de partager de tels moments avec vos enfants ! » Corinne, accompagnatrice bénévole

« Un parc de 45 vélos »

« La Cité éducative finance des projets et à l’Usep, nous avons proposé de développer le Savoir Rouler à Vélo. La Cité éducative finance une aide à la prise de licence et chaque année l’achat de 15 vélos, ce qui a permis de constituer un parc de 45 unités, que nous gérons et qui est prioritairement mis à disposition des écoles de la Cité éducative. Et tous ces vélos sont de sortie ces jours-ci ! » Pascal Feneau, vice-président de l’Usep 28