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Décalée à l’automne en raison de la crise sanitaire, l’assemblée générale 2020 de l’Usep se déroule les 3 et 4 octobre au Palais des congrès de Lorient (Morbihan). Au programme : le bilan de l’exercice 2019 et de la mandature écoulée et l’élection d’un nouveau comité directeur pour quatre ans. Entre confinement et difficile relance des rencontres sportives, les six derniers mois seront également au cœur des débats. C’est pourquoi il était si important de se retrouver en « présentiel », souligne la présidente de l’Usep en résumant les enjeux de ce rendez-vous annuel de démocratie associative.

Véronique Moreira, certains s’interrogent sur la décision de maintenir une AG en présentiel, plutôt que sous forme dématérialisée…

Nous nous sommes bien évidemment posé la question. Mais nous avons souhaité préserver l’espace démocratique de débat qu’est l’assemblée générale, dans le respect des règles sanitaires. C’est essentiel pour un mouvement associatif comme le nôtre. L’AG nationale n’est pas seulement un temps statutaire : c’est aussi le moment où le réseau peut s’adresser en direct à ses dirigeants, voire les interpeller. Derrière un écran c’est plus difficile, sans même parler d’éventuels soucis techniques liés aux connexions internet. Une AG dématérialisée aurait aussi ruiné les efforts du comité d’organisation qui, pour la première fois était régional, puisque c’est toute l’Usep Bretagne qui s’est impliquée. Enfin, même si cela n’a pas été déterminant dans notre décision, dans les circonstances présentes une AG dématérialisée n’aurait pas été moins coûteuse.

Une AG dresse le bilan de l’année écoulée (2019) et vote le budget de celle en cours (2020). Or cette AG est non seulement très tardive, mais intervient dans un contexte particulier. Comment aborderez-vous les réalités du moment ?

Il peut sembler en effet incongru de voter un budget déjà quasiment réalisé… Ensuite, les six derniers seront évidemment au cœur des débats : notre réactivité au confinement au printemps et notre capacité à relancer nos activités en cette rentrée seront interrogées. D’où l’importance de tenir une assemblée générale où les comités pourront pleinement s’exprimer…

Lorient marque une fin de mandature : les objectifs que le comité directeur sortant s’était fixé il y a quatre ans ont-ils été atteints ?

Nous avons en tout cas atteint des objectifs essentiels. Le premier était de recréer l’unité du mouvement : celui-ci est aujourd’hui ressoudé. Nous avons aussi installé le concept de rencontre sportive associative, forgé pour « arrimer » à la rencontre sportive cette dimension associative qu’il est parfois difficile de faire vivre au quotidien à travers l’implication des enfants dans la vie de l’association d’école. Un troisième objectif portait sur l’accompagnement des territoires : les aides du national aux comités ont été rationnalisées et sont aujourd’hui plus équitables. Enfin, en matière de communication, nous avons progressé collectivement, échelon national et comités réunis, avec une meilleure utilisation des outils numériques. L’Usep est aujourd’hui mieux identifiée dans le paysage éducatif et sportif.

Et qu’est-ce qui a été entamé mais n’a pas encore abouti ?

En pédagogie-recherche, nous devons développer les outils pour la maternelle afin d’être plus présent encore auprès des plus jeunes.

L’accompagnement des conventions avec les fédérations sportives est également à améliorer : certains partenariats nous ont parfois un peu échappé. Même s’il est difficile d’être l’interlocuteur d’une trentaine de fédérations à la fois, nous devrons être plus vigilants et mieux accompagner la déclinaison de ces conventions sur le terrain.

Cela rejoint l’objectif d’améliorer l’accompagnement du réseau. Je souhaite qu’à l’avenir les élus nationaux et les adjoints à la direction nationale puissent répondre de manière plus ciblée aux problèmes que rencontre un comité, que ce soit sur le plan financier, de la pédagogie, ou d’un appui pour se faire entendre auprès du directeur académique des services de l’Éducation nationale (Dasen). L’outil de la visioconférence, auquel nous nous sommes dorénavant tous familiarisés, peut favoriser un tel suivi.

Les 24 sièges du comité directeur (12 femmes et 12 hommes) sont remis en jeu. Parmi les candidats et candidates figurent 14 sortants et sortantes, dont vous-même. Qu’est-ce qui motive leur engagement et le vôtre ?

Poursuivre le projet engagé il y a quatre ans, et donner sa pleine mesure au mode de fonctionnement plus transversal que certains ont mis du temps à s’approprier. Nous avons voulu favoriser la concertation entre groupes de travail pour éviter qu’ils fonctionnent de manière isolée, comme cela a pu être le cas auparavant. Au début, cela a parfois déstabilisé certains élus dans la conduite des dossiers sur lesquels ils étaient investis.

Il y a 12 candidates femmes pour autant de postes à pourvoir, alors qu’il y a un peu plus de concurrence dans le collège hommes…

Cela s’explique par deux désistements tardifs, mais on peut en effet le regretter. Malgré la féminisation du corps enseignant, les candidatures féminines sont moins spontanées et il est plus difficile de convaincre les militantes Usep que nous avons identifiées pour les compétences de s’engager au sein du comité directeur national. On peut y voir une forme d’autocensure, et c’est dommage.

Quels sont les enjeux de la prochaine mandature, qui mènera jusqu’en 2024 ?

Quand on se projette en 2024, on pense inévitablement à l’accompagnement des Jeux olympiques de Paris, avec l’enjeu du développement du sport scolaire. Nous proposerons d’ailleurs à l’AG d’approuver l’organisation d’un événement national 2020-2024 invitant les enfants à « faire leurs Jeux », dans le droit fil du Manifeste des enfants produit l’an passé. Un autre élément de contexte est intervenu au début de l’été : le rapprochement entre le ministère de l’Éducation nationale et celui des Sports. Sur le terrain, cela se traduit par le fait que les directions départementales de la Jeunesse et des Sports sont désormais placées sous l’autorité du Dasen, qui leur a expressément donné pour mission de développer le sport scolaire. Si ça ne bouge pas maintenant pour le sport scolaire, ça ne bougera jamais…

Qu’entendez-vous par là ?

L’obtention de moyens supplémentaires permettant de structurer le sport scolaire du premier degré, de l’ancrer plus solidement dans les territoires. Sans demander à disposer des mêmes moyens que l’UNSS pour le second degré, cela signifie avoir les moyens de rémunérer un délégué-directeur départemental à plein temps. J’ai également en tête l’exemple de la Dordogne, où le délégué départemental est épaulé par quatre enseignants qui bénéficient chacun d’une journée de décharge hebdomadaire pour développer le sport scolaire sur leur secteur géographique. Cela a eu immédiatement un effet démultiplicateur sur le nombre de rencontres et d’enfants licenciés. C’est à ce prix que nous pourrons aller bien au-delà des 20 % d’écoles où l’Usep est présente aujourd’hui.

Et à court terme, comment aider les associations et les comités Usep à relancer les rencontres sportives associatives ?

Avant toute chose, il convient de s’appuyer sur le double message que nous font passer les scientifiques et les pédiatres. Tout d’abord, les enfants sont peu touchés par le Covid-19 et transmettent peu le virus. Ensuite, il est plus préjudiciable pour leur santé de ne plus faire de sport, y compris sur le plan des interactions sociales. Continuer à proposer des rencontres sportives, ce n’est pas faire n’importe quoi ! Et, au-delà de l’activité physique et sportive, il s’agit aussi de continuer à se rencontrer, avec les adaptations nécessaires au contexte sanitaire actuel. À cet égard, proposer des interventions Usep dans les écoles peut aider à rassurer les enseignants et à relancer une dynamique. Mais n’oublions pas cet enjeu majeur de socialisation qui consiste à accueillir l’autre, à organiser pour lui. Soyons attentifs à préserver l’esprit de la rencontre sportive associative Usep.

Propos recueillis par Philippe Brenot