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​Le secteur Usep de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) est souvent cité en exemple pour son dynamisme, ses écoles de sport, son partenariat avec la ville… L’un des visages possibles pour l’Usep de demain ? Retour d’expérience avec Pascal Bouchon, enseignant à la retraite mais toujours délégué d’un secteur qu’il a largement contribué à développer.

Pascal Bouchon, le secteur Usep de Saint-Nazaire se caractérise à la fois par son grand nombre de licenciés, son fonctionnement associatif et sa présence en temps scolaire et hors temps scolaire…

Nous fédérons en effet 4 000 licenciés enfants et 200 adhérents adultes1, pour la plupart enseignants en activité et quelques uns retraités, sur un territoire qui englobe la ville de Saint-Nazaire et les autres communes de l’agglomération. Notre taux de pénétration est de 46 % et grimpe à 80 % d’enfants licenciés dans certaines communes. Nous sommes présents dans 33 maternelles, élémentaires ou primaires, toutes constituées en association, déclarée en tant que telle ou section d’amicale laïque.

Ces effectifs importants exigent un fonctionnement très structuré : le nôtre est celui d’une association loi 1901, avec un conseil d’administration de 21 membres, des commissions de travail et un bureau élu. C’est notre principale spécificité, et cela fait notre force. Même si, dans la terminologie Usep, je suis délégué de secteur, c’est comme président d’association que m’identifient nos partenaires. Et c’est en tant qu’association que les communes nous accordent des subventions – jusqu’à 10 000 € pour Saint-Nazaire –, ce qui ne les empêche pas d’aider leurs écoles par ailleurs.

Enfin, troisième caractéristique, nous avons développé, en complément des rencontres sportives, un réseau d’écoles de sport animées par des éducateurs sportifs salariés.

Quelle est l’offre de pratique en temps scolaire ?

Toutes nos rencontres sportives associatives se déroulent en temps scolaire, sur la base de trois par classe2. Certaines sont des rencontres de masse et d’autres ne réunissent que deux, trois ou quatre classes. Nous sommes très présents sur les maternelles, avec des rencontres du matin suivies d’un pique-nique, et retour à l’école en début d’après-midi. Le fait que certaines communes soient restées à la semaine de 4,5 jours, et d’autres pas, complique parfois un peu les choses…

Et hors temps scolaire ?

Les communes restées dans la loi de refondation de l’école font appel à nos éducateurs pour assurer les activités périscolaires, le soir après la classe. Parallèlement, une trentaine d’écoles multisport Usep accueillent 450 enfants, du lundi au samedi matin, sur des créneaux de 1 h 30 généralement. À Saint-Nazaire, notre offre vient en complément de ce que proposent les clubs et l’école municipale des sports, aussi sommes-nous surtout présents sur les plus jeunes, jusqu’au CE1.

S’y ajoutent des stages sportifs pendant les vacances et deux créneaux de sport famille du vendredi soir et du samedi matin, à Saint-Nazaire. Nous lançons également en décembre une pratique famille dominicale, avec pour premier rendez-vous une randonnée vélo et pédestre. L’objectif est de rapprocher les parents de l’Usep, afin qu’ils puissent participer davantage à la vie des associations aux côtés des enseignants.

Qui sont les éducateurs qui animent vos écoles de sport ?

Ils et elles sont au nombre de sept, plus un apprenti en alternance et bientôt un stagiaire BP Jeps2, également alternance. Tous n’ont pas le même statut ni la même quotité horaire. Notre éducatrice la plus expérimentée possède un temps plein et une autre cumule deux CDI à mi-temps, avec l’Usep et son club de judo. Les autres sont en CDD à temps partiel et ont pour la plupart un autre employeur : les clubs sont intéressés par les compétences de nos animateurs, souvent issus de la filière Staps. Certains interviennent aussi auprès d’amicales laïques souhaitant développer des sections sportives, basket et badminton par exemple. Enfin, depuis cette année, l’un de nos éducateurs est aussi employé par l’Éducation nationale comme EVSH (emploi de vie scolaire handicap), et un deuxième partage son temps entre l’Usep et le service éducation de la ville de Saint-Nazaire. De plus en plus, nous nous orientons vers ce type de solution : trouver des compléments d’emplois auprès de services publics, pour offrir à ces jeunes un équivalent temps plein.

Comment l’action des éducateurs sportifs s’articule-t-elle avec l’investissement bénévole des enseignants ?

Très bien, car ce ne sont pas les mêmes modalités d’action. L’enseignant reste maître d’œuvre en temps scolaire : il prépare ses élèves aux rencontres sportives et tient son rôle pendant celles-ci, même si des éducateurs Usep sont susceptibles de venir en renfort. Ces mêmes éducateurs déchargent les enseignants de la gestion des transports, de la réservation des équipements ou des demandes d’autorisation d’usage d’espace public, comme quand nous utilisons une plage pour nos activités. Cela permet aux enseignants de se concentrer sur la pédagogie.

Pourquoi avez-vous signé une convention de quatre ans avec la ville de Saint-Nazaire ?

Le subventionnement de la ville était auparavant calculé selon un ratio par enfant adhérent. Mais, de 900 licenciés en 2004, nous sommes montés jusqu’à 3 000 sur Saint-Nazaire : nous explosions les compteurs, rendant les modalités de calcul obsolètes ! La ville souhaitait également mieux prendre en compte nos activités dans son propre projet éducatif. Elle a ainsi repositionné ses éducateurs sur une offre renforcée d’activités nautiques, permettant à l’Usep de développer des écoles multisports. Un subventionnement pluriannuel nous garantit aussi un financement à moyen terme, ce qui est appréciable lorsqu’on est employeur. Enfin, la convention nous apporte une reconnaissance institutionnelle, souvent déterminante quand nous déposons des appels à projet et sollicitons des financements, pour nos actions dans les quartiers politique de la ville (QPV) ou dans le cadre des nouvelles Cités éducatives.

Comme lancer une école de sport…

Par exemple. Quand nous avons créé cinq sections d’écoles de sport en QPV, nous savions pertinemment que la cotisation ne pourrait excéder 15 € par enfant. Rapporté à un public de 12 ou 15 enfants, comme en maternelle, cela est insuffisant pour financer un créneau hebdomadaire. Nous avons assumé au départ un déficit annuel de 1000 € par section. Mais, ensuite, l’appui de la ville nous a aidé à obtenir des aides de la Caisse d’allocations familiales (Caf) et du Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), qui ont permis de limiter nos pertes à un niveau politiquement acceptable.

Quand le secteur Usep a-t-il pris son visage actuel ?

Le tournant s’est opéré vers 2008-2009. C’est aussi l’époque où, en Loire-Atlantique, les conseillers pédagogiques de circonscription en EPS ont perdu cette spécificité « éducation physique et sportive », et les écoles leurs relais pour développer des actions. L’association de secteur Usep a alors pris la place qu’elle occupe aujourd’hui. Jusqu’au début des années 2000, les CPC étaient les principaux coordinateurs des rencontres sportives à Saint-Nazaire. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui.

Vous appuyez-vous sur la labellisation d’écoles Génération 2024 ?

C’est le projet de l’année, avec l’objectif que d’ici juin la moitié de nos écoles aient sollicité le label4.

En quoi votre mode de fonctionnement est-il aussi le fruit de vos différentes expériences d’enseignant et de militant Usep ?

J’ai effectué la première partie de carrière d’enseignant dans l’Oise, où je me suis engagé à l’Usep, comme délégué de secteur, puis élu départemental. Nommé dans le pays de Bray, un secteur rural et isolé où l’offre sportive et culturelle était très pauvre, et le sport scolaire un vrai lien, j’y ai créé avec des collègues la première école de sport intercommunale Usep, en profitant du dispositif des emplois-jeunes. Seule, aucune commune n’aurait pu financer un tel poste ; à plusieurs, cela devenait possible. Notre éducateur intervenait chaque jour dans un village différent, et les enfants choisissaient leur créneau et leur activité, indépendamment de leur lieu de résidence. Cela fonctionne toujours.

Présenté ainsi, cela semble simple. Encore faut-il fédérer les acteurs…

Ces projets sont nés d’expériences croisées et de belles rencontres. Dans l’Oise puis en Loire-Atlantique, j’ai été successivement enseignant, conseiller pédagogique de circonscription et directeur d’école. Parallèlement, à l’Usep, j’ai été à la fois délégué de secteur et élu départemental. Exercer différentes fonctions, à différents niveaux, m’a permis de m’imprégner des contraintes et des réalités quotidiennes de chacun. Cela permet de prendre du recul et invite à regarder plus loin que le moment présent, parce que la société et les dispositifs bougent sans cesse. Cette lecture attentive de l’environnement éducatif et sportif permet de ne pas être seulement dans le faire, mais d’observer aussi ce que font les autres, et de se projeter au-delà de l’immédiat.

Développer le sport scolaire et des écoles de sport a-t-il été plus facile sur un secteur urbanisé comme Saint-Nazaire ?

Pas forcément, car les problématiques sont différentes. Dans le pays de Bray, les communes disposent de peu de moyens et sont éloignées les unes des autres. À Saint-Nazaire, il y a une différence marquée entre le centre-ville et les quartiers, où beaucoup d’écoles sont classées en REP +. La ville est grande, et l’on aurait pu s’organiser par quartier. Au contraire, dès nos premières grandes rencontres, il y a plus de 15 ans, nous avons imposé des équipes mélangées pour ne pas reproduire les marqueurs urbains et sociaux.

Votre mode d’organisation est-il reproductible ailleurs ?

Ces modèles sont « exportables » en tout point. Les enseignants du pays de Bray ou de Saint-Nazaire ne sont pas des extraterrestres ! En revanche, nous croyons à la structuration des associations de secteur, afin que le délégué ne soit pas isolé dans sa tâche mais puisse s’appuyer sur une vraie association, avec une comptabilité, des moyens financiers et des subventions qui lui sont propres. Car le nerf de la guerre, ce sont les finances : le budget du secteur Usep est de l’ordre de 135 000 à 140 000 €. Et s’il était un point sur lequel insister, ce serait affirmer la place de l’Usep sur tous les temps de l’enfant : il n’y a pas d’opposition entre temps scolaire et hors temps scolaire !

(1) Plus précisément : 2 640 enfants et 120 adultes à Saint-Nazaire, et 1500 enfants et 70 adultes dans les autres communes. (2) Soit 130 à 150 par an selon les aléas de la météo, pour 12 000 journées enfants. (3) BP Jeps : Brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport. (4) De son côté, la ville de Saint-Nazaire a sollicité le label « Terres de Jeux » auprès de Paris 2024.