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Un séjour sportif et culturel d’une semaine en Allemagne, avant de recevoir ses hôtes : c’est ce que l’Usep propose aux classes de CM2, en partenariat avec la Thüringer Sportjugend et avec le soutien de l’Office franco-allemand pour la jeunesse (Ofaj). « C’est une ouverture au monde et une façon ludique d’initier nos élèves à l’allemand », explique Nathalie Bruge, enseignante à l’école Liberté d’Annezin (Pas-de-Calais).

Nathalie Bruge, le sport aide-t-il vraiment à dépasser la barrière de la langue ?

C’est une évidence. Dans le sport, le corps s’exprime à travers des messages courts ou répétitifs, faciles à décrypter. On éprouve aussi du plaisir, on coopère, on se tape dans les mains quand on gagne. Qu’il s’agisse de piloter à deux un char à voile ou de développer une stratégie d’équipe dans un jeu de ballon, on dépasse vite l’obstacle de la langue.

Qu’apporte aux enfants et à la vie de classe un échange avec de jeunes allemands ?

Il soude les élèves entre eux et les inscrit dans une dynamique d’apprentissage des langues qui, au-delà de la classe, bénéficie à toute l’école. Nous nous appuyons en effet sur cet échange pour organiser une semaine des langues : une façon de montrer qu’au-delà de l’anglais, que tous apprennent, les langues sont une ouverture au monde. Les plus jeunes savent aussi qu’en CM2, ils partiront peut-être à leur tour en Allemagne… Notre blog et notre « musée », composé des objets rapportés du voyage, leur ouvrent une fenêtre sur le pays et la région d’accueil. Les enfants apprennent par exemple qu’en Thuringe il neige en abondance l’hiver et qu’on rencontre des cerfs dans les forêts. Cela nourrit leur représentation de l’Allemagne, qu’ils découvrent à travers les yeux des CM2.

Les jeunes allemands sont encadrés par une fédération sportive et viennent sur leur temps de vacances. Qu’est-ce que ça change ?

Pour nous, enseignants français, l’échange c’est encore la classe, avec les mêmes exigences de comportement et de langage envers les élèves. Les accompagnateurs allemands sont moins stricts. Cela nous interpelle dans nos pratiques et demande parfois quelques ajustements. De manière générale, à partager leur journée entre l’école le matin et des activités sportives et culturelles l’après-midi, les enfants allemands sont plus autonomes. En France, nous avons peut-être tendance à les couver un peu trop.

Maîtriser l’allemand est-il indispensable pour l’enseignant qui s’engage dans ce dispositif d’échange ?

C’est souhaitable. Je possède pour ma part une licence d’allemand et ma collègue Elisabeth Geisen, qui m’a accompagnée durant 3 ans dans cet échange avec ses élèves de l’école voisine de Hinges, est d’origine allemande.

Et pour les enfants ?

Pour avoir envie d’échanger, il faut un minimum de connaissances linguistiques. Elisabeth propose à ses élèves de petits rituels quotidiens en allemand. De mon côté, avec l’appui de mon collègue de CE-CE1, j’anime le mardi et le vendredi, après la classe, deux séances de 30 minutes à base de jeux, de chants, de lectures d’albums… J’utilise une méthode avec des marionnettes et nous mettons les enfants dans des situations de la vie quotidienne, comme pour l’anglais dès le CE1. Puis, durant les séjours, les ateliers linguistiques proposés par l’Ofaj aident aussi à délier les langues.

Enfants français et allemands n’ont-ils pas tendance à se regrouper entre eux ?

Si. C’est pourquoi, dans les activités sportives, nous formons des binômes internationaux ou nous brassons les équipes. Idem dans la composition des chambres et, parfois, lors des repas. Nous forçons le premier pas. Ensuite, ça vient naturellement.

Vous accompagnez les élèves d’une collègue : pourquoi ?

Je suis en effet un cas particulier : j’enseigne en CP et l’échange concerne les CM2, que je retrouve chaque semaine pour nos petits cours d’allemand. C’est la preuve que le projet peut s’adapter au contexte de chaque école. Pour notre part, cela se fait évidemment en étroite concertation avec la maîtresse des CM2, qui est aussi la directrice de l’école. Mieux : nous menons le projet ensemble, ma collègue se chargeant du volet administratif.

Quels conseils donneriez-vous à un enseignant qui songe à se lancer dans un échange franco-allemand avec l’Usep ?

S’engager avec une collègue d’une autre école peut aider à l’organiser, ne serait-ce qu’en partageant le coût du transport en autocar. Le projet s’inscrit sur une durée de 3 ans, c’est très prenant, mais le jeu en vaut la chandelle.