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La part du hors temps scolaire s’est considérablement réduite à l’Usep ces dernières années, en raison de la moindre disponibilité des enseignants et des bouleversements entraînés par les nouveaux rythmes scolaires. Comment redynamiser alors cette pratique distincte du temps de classe, et qui représente un double enjeu de santé pour les enfants et de visibilité pour le sport scolaire ? En s’inspirant par exemple de deux associations d’Étampes et de Fleury-Mérogis (Essonne), qui animent toute l’année des créneaux du mercredi et méritent pleinement leur label Génération 2024.

Ils s’appellent les Lièvres de La Fontaine, en référence à la fable et au nom de leur école élémentaire, dominée par les tours d’un quartier d’Étampes situé en réseau d’éducation prioritaire (Rep). Ils sont 290, puisque du CP au CM2 quasiment tous les élèves ont acquitté les 3 € d’inscription à l’année, et en moyenne 45 – pas toujours les mêmes – à fréquenter l’Usep le mercredi. Généralement l’après-midi, et parfois la journée pour les rencontres départementales qui s’insèrent dans un calendrier qui compte 28 dates cette année. Il suffit d’informer de sa présence par SMS Johann Chevillard, enseignant de CM2 et homme-orchestre d’une association lancée à son arrivée en 2008 avec l’aval de l’équipe pédagogique. Une évidence pour cet enseignant qui, en arrivant six ans plus tôt sur son premier poste à Méréville, avait pour collègue un ancien délégué Usep.

« Partout où j’ai ensuite effectué des remplacements, j’affiliais ma classe. Puis, une fois titularisé à l’école Jean de La Fontaine, j’ai voulu proposer une pratique hebdomadaire aux enfants en m’inspirant de mon collègue de Méréville », explique cet ancien joueur et entraîneur de basket, arbitre de football et amateur de tennis. « Je suis multisport, sans avoir jamais excellé dans une discipline. C’est pourquoi je me retrouve si bien dans les valeurs de l’Usep. Quand un enfant un surpoids se donne à fond, je revois celui que j’étais en 6e. Sauf que personne ne m’encourageait quand j’arrivais dernier du cross… Le dépassement de soi, mais dans l’entraide et la solidarité : pour moi c’est ça l’Usep », résume Johann, qui assume par ailleurs les fonctions de secrétaire du comité départemental.

Au programme de l’année, outre 8 rencontres départementales aux intitulés alléchants (Fun Run, Jeux chevaleresques…), on trouve des cycles tchoukball et tennis de table, un après-midi et une journée de l’Usépien au parfum multisport, ou bien encore deux animations zumba et pilates-stretching pour lesquelles il est fait appel à un intervenant rémunéré. « Cela apporte de la variété. Les trois dernières années, nous avions aussi des initiations au secourisme », précise Johann Chevillard. Selon les activités, les enfants sont accueillis à partir du CP ou des classes supérieures, avec une forte présence de ses propres élèves. À celles-ci s’ajoutent deux sorties par an, la prochaine le dimanche 12 décembre pour assister à un match de D1 féminine au stade Charléty de Paris : participation aux frais 5 €, 50 places dans le car pour les premiers inscrits, est-il précisé sur le site de l’association.

Côté installations, faute d’accès à un gymnase les Lièvres de La Fontaine s’ébrouent sur un terrain de football en synthétique, un terrain de handball goudronné flanqué de panneaux de basket, dans la cour de l’école ou son hall, où tiennent 10 tables de ping-pong. Côté matériel, l’aide du comité départemental a été déterminante pour en acquérir au départ et, aujourd’hui, ballons et plots ne manquent pas. La subvention annuelle de 400 € de la commune contribue aussi à l’enrichir ou le renouveler.

Comme le reconnaissent volontiers ses collègues plus anciens dans l’école, l’Usep a apaisé le climat scolaire. Johann en témoigne lui-même : « Les premières années, les bagarres entre élèves n’étaient pas rares. Ils provoquaient aussi les enfants des autres écoles et il fallait toujours être sur leur dos. Aujourd’hui, ils sont en autonomie sur les ateliers sportifs. Ce mercredi par exemple, je ne pouvais les accueillir tous en même temps sur l’atelier tchoukball : en attendant leur tour certains faisaient du foot, du basket ou de la danse dans le hall, sans besoin d’être surveillés. »

À la voir si bien fonctionner, on se dit que la force de l’association est aussi sa faiblesse : elle repose un peu trop sur sa cheville ouvrière. Certes, des collègues donnent des coups de main et des parents accompagnateurs se muent à l’occasion en animateurs d’un atelier, comme pour le décathlon de début d’année. Certes, l’association s’appuie sur 18 délégués enfants, 4 ou 5 par niveau, qui participent à la réunion de début d’année et constituent d’efficaces relais dans les classes, y compris pour distribuer les licences. Mais si Johann Chevillard venait à être nommé ailleurs ou à prendre du recul, il est à craindre qu’elle ne puisse conserver le même rayonnement.

Robert-Desnos se lance à Fleury-Mérogis

« L’association Desnos’Sport propose aux élèves de CE2, CM1, CM2 la pratique de la course d’orientation, de 10h à 12 h, du 17 novembre au 15 décembre. Nous ne pourrons accueillir que les premiers inscrits. Cette activité sera encadrée par un enseignant de l’école bénévole dans le cadre de notre affiliation à l’Usep Essonne. Merci de remplir la demande d’inscription au verso… »

Le flyer aux couleurs de l’Usep distribué aux parents a reçu un tel écho que, le jour des inscriptions, dès avant l’ouverture des grilles des enfants patientaient, fiche à la main. « Finalement, nous avons pris un groupe de 20 élèves de cours moyen et donnerons en janvier la priorité aux CE2, en attendant d’augmenter la jauge si demain d’autres enseignants nous rejoignent ma collègue et moi », commente Julien Lefort, directeur d’une école de 334 élèves, située en Rep et inaugurée en 2015 pour répondre au brutal accroissement de la population après la création d’un nouveau quartier.

Sa collègue, c’est Émilie Allain, enseignante de CM1-CM2, qui avait auparavant participé à plusieurs actions sportives, dont une journée à thème lors de la Coupe du monde de football féminin, en partenariat avec l’Usep et le club de Fleury, locataire de D1 féminine. « J’ai fait part aux collègues de ce projet que je jugeais tout à fait faisable, explique le directeur, et c’est à l’initiative d’Émilie que ce créneau du mercredi matin voit le jour. Nous l’animerons en alternance et nos collègues sont les bienvenus pour apporter leur aide. Nous n’avons pas voulu les effrayer en leur demandant de s’engager sur la durée, mais je compte bien les solliciter pour nous épauler sur la fin du cycle de course d’orientation, quand nous nous aventurerons sur des terrains moins balisés. »

L’histoire retiendra que l’Usep du mercredi a débuté avec un footing de 2 km en forêt, suivi de jeux d’orientation dans la cour de l’école, soit une activité n’exigeant aucune installation sportive. Le matériel, lui, était prêté par le comité départemental. « Avec l’expérience d’un trimestre, nous serons plus crédibles pour solliciter l’accès à un gymnase ou un terrain de sport. Sinon, c’est pure coïncidence si, après avoir décidé de nous lancer, nous avons appris l’arrêt de l’école de sport municipale » assure le directeur, qui souhaite mettre à l’honneur des activités innovantes comme le kinball ou le base-ball mais a aussi très envie de proposer du rugby pour accompagner la Coupe du monde 2023. Le centre national de Marcoussis, où s’entraînent les équipes de France, n’est-il pas tout proche ?

Cela est encore tout frais, à construire, à caler. « Pour l’instant, le créneau du mercredi n’a pas de lien avec les rencontres départementales auxquelles participent les classes de l’école affiliées à l’Usep. Nous réfléchirons plus tard à les intégrer dans un cycle de pratique », explique Julien Lefort, qui semble avoir fait sienne la devise latine « qui va piano va sano ». Une devise qui va comme un gant à une jeune association qui diversifie ses activités en prenant pied hors temps scolaire.

Dans l’Essonne, des initiatives de secteur aussi

L’Usep Essonne organise en moyenne chaque année 350 rencontres en temps scolaire et 30 hors temps scolaire. « Le comité apporte un soutien aux initiatives visant à développer le hors temps scolaire à travers le prêt de matériel et une aide pédagogique et aux partenariats. Nous le faisons notamment à l’échelle des secteurs, explique le délégué départemental Nicolas Nowicki. Si la dynamique engagée sur le bassin du collège de Sainte-Geneviève-des-Bois a été interrompue par le confinement et les restrictions de pratique, et si entre-temps, les équipes pédagogiques ont changé, nous souhaitons relancer le projet. Autre exemple : à Vigneux-sur-Seine, l’adhésion massive de nouvelles associations d’école, près d’une dizaine aujourd’hui, rend possible le développement de rencontres de secteur à la fois en temps scolaire et le mercredi, hors temps scolaire, autour de la très dynamique école Alain-Bashung. »