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Du 4 au 9 février, des centaines d’écoles participent avec leurs associations Usep à la Semaine olympique et paralympique. Elles peuvent aussi aller plus loin dans l’accompagnement des Jeux de Paris et la promotion de l’activité physique en sollicitant le label Génération 2024, explique Thierry Terret.

Thierry Terret, en votre qualité de délégué ministériel aux Jeux olympiques et paralympiques, vous assurez le suivi du label Génération 2024. À quoi sert-il précisément ?

Il est destiné à soutenir les écoles, collèges, lycées et universités qui affichent l’ambition de développer leurs liens avec les clubs sportifs de leur territoire. Ce label porté conjointement par le ministère des Sports et celui de l’Éducation nationale vise donc à renforcer les passerelles entre l’école et le mouvement sportif. Il s’inscrit parmi une douzaine de « leviers » mobilisés à l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques (JOP).

Quelle plus-value une école en retire-t-elle ?

De l’image tout d’abord : celle qu’elle se donne en affichant une ambition sportive, et son ouverture sur les associations de son territoire.

Des moyens humains ensuite, même si c’est de façon indirecte. Je m’explique : une fois labellisés, les « établissements » (collèges ou lycées, mais pas les écoles) peuvent « flécher » les volontaires du service civique qu’ils accueillent sur le montage d’actions pédagogiques et de partenariats avec les clubs. Des actions et des partenariats dont peuvent aussi bénéficier les écoles de rattachement ayant sollicité le label Génération 2024.

Enfin, la plus-value est pédagogique et didactique, à travers la mise à disposition de ressources, notamment numériques et audiovisuelles, et la mise en contact avec des sportifs olympiens ou paralympiens, susceptibles de se déplacer pour rencontrer les classes. On sait combien la venue d’un médaillé olympique peut susciter d’émulation, d’envie. Ce peut être un point d’appui pour les équipes pédagogiques.

Dans la présentation de votre mission sur le site du ministère, vous rappelez que le lien entre l’éducation et l’olympisme était au cœur du projet de rénovation des Jeux olympiques. Mais Pierre de Coubertin et les Jeux font-ils consensus parmi les professeurs des écoles ?

Une précision tout d’abord : quand l’olympisme moderne nait à la fin du 19e siècle, la question de l’éducation du jeune enfant n’est pas présente. Le projet de Pierre de Coubertin vise d’abord les collégiens et les lycéens, pas les enfants. On sait seulement qu’il était hostile à la gymnastique militaire, ou hygiéniste, alors développée dans les écoles de la IIIe République. Aujourd’hui, le contexte est tout à fait différent. L’olympisme s’est affranchi des préceptes de Coubertin et le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) souhaite embrasser l’ensemble de la société française, du plus jeune au plus âgé, et faire du sport une valeur forte.

Certains enseignants sont justement réticents à relayer l’ambition des instances de l’olympisme…

Les enseignants du premier degré ont pu nourrir une méfiance, ou des craintes, envers le sport de haut niveau, dont on connait les dérives. Cette prudence est légitime, mais il appartient aux équipes pédagogiques de traiter didactiquement tout fait de société, pour le rendre éducatif : cela fait partie de l’ADN de l’enseignant. De ce point de vue, les professeurs des écoles sont armés.

La Semaine olympique et paralympique qui débute lundi 4 février est, avec la Journée olympique du 23 juin et celle du sport scolaire en septembre, un temps fort de la mobilisation de l’école autour des Jeux. Mais comment éviter la banalisation ? 2024, c’est loin…

D’abord, j’espère que ce mouvement ne va pas s’arrêter en 2024. L’enjeu de la réussite des Jeux réside dans leur héritage : pas dans ces deux semaines de compétition – un petit mois, avec les paralympiques. Cet héritage pourra se mesurer dans les infrastructures qu’il laissera, et plus encore dans les comportements. À l’Éducation nationale, nous travaillons sur « l’immatériel » : les habitudes de vie et le regard que les plus jeunes portent sur la pratique sportive. Il nous reste six ans pour développer la place du sport, dans la société en général et à l’école en particulier.

Ces rendez-vous sont avant tout des outils de communication…

Ce sont des temps d’exposition, de mise en visibilité. De ce point de vue, l’Usep est une interface essentielle. Mais ces événements joueront pleinement leur rôle s’ils débouchent sur un travail pérenne, en profondeur, là aussi en lien avec l’Usep. Au-delà de ces temps forts, ce qui importe c’est que la pratique physique et sportive des écoliers soit « banalisée ». Je n’ai rien contre la banalisation, au contraire ! Si les Jeux olympiques et paralympiques « banalisent » la pratique sportive de la population française de 2 à 77 ans, nous aurons gagné notre pari !

Il y a dix ans, vous avez justement dirigé un ouvrage collectif sur « Les paris des Jeux olympiques de 1924 ». Qu’aimeriez-vous que l’histoire retienne des « paris » des Jeux de 2024 ?

En un siècle, l’ambition olympique a considérablement évolué. En 1924, le but était la réussite de l’événement lui-même, avec quelques enjeux économiques, diplomatiques, et d’image. Aujourd’hui, la question de l’héritage est l’un des cinq piliers sur lesquels s’appuie le projet Paris 2024. C’est aussi important que l’enjeu des infrastructures ou de la réussite sportive, et l’État aura des comptes à rendre sur l’impact des Jeux sur la société, notamment dans l’école.