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Comment amener les élèves à s’interroger sur l’égalité filles-garçons, en classe ou lors d’une rencontre sportive ? Deuxième volet de l’entretien avec Sigolène Couchot-Schiex, maîtresse de conférences en sciences de l’éducation, en appui de la proposition de débat associatif conçu sur ce thème par l’Usep.

Sigolène Couchot-Schiex, utiliser l’expérience de la mixité que font les enfants lors d’une rencontre sportive pour discuter de l’égalité hommes-femmes, est-ce pertinent ?

Oui, car l’égalité homme-femme se vit dans l’expérience. On peut d’ailleurs fournir aux élèves des indicateurs permettant de questionner cette égalité. Égal accès en termes d’espace : qui l’occupe ? Égal accès en termes de temps : la durée de pratique des filles et des garçons est-elle la même ? Mais aussi : le retour des enseignant.es sur leurs prestations est-il d’égale qualité ? Filles et garçons occupent-ils tous les rôles à égalité et avec une égale dignité ? Je pense plus précisément au rôle de l’arbitrage : on dit les filles ne veulent jamais arbitrer. Mais si quand l’une d’elle s’essaie à ce rôle elle se fait disputer par tous les garçons, ça ne l’encourage pas à poursuivre.

Le débat associatif formalisé sur le thème de l’égalité filles-garçons propose d’interroger les enfants sur les activités sportives qu’ils aiment ou pas et sur la distinction entre sports de garçons et sports de filles, avant de poser la question de l’égalité filles-garçons : dans le cadre de la classe, de la cour de récréation ou de la rencontre sportive associative Usep. Qu’en pensez-vous ?

J’encourage cette démarche. Concernant votre livret, certaines formulations faisant référence aux instruction officielles mériteraient d’être explicitées : que met-on par exemple derrière le mot « sexisme » ? Mais j’adhère ans pleinement à votre proposition d’une « discussion à visée philosophique sur le thème de la tolérance ou de la moquerie ». Sous couvert d’humour, les moqueries sont la première forme du sexisme ordinaire. Et donner des exemples, c’est bien, car nos élèves ne savent pas comment repérer ces marques de sexisme.

Je trouve également judicieux de partir d’activités sportives – ski, rugby, handball, football, natation, tennis, danse, vélo – identifiées à travers les déclinaisons de votre logo au bonhomme-crayon. Le fait qu’il soit asexué permet d’évacuer toute image mentale de référence.

Ensuite, concernant les débats en petits groupes, je proposerai d’alterner mixité et non mixité. D’un groupe non mixte sortent aussi des choses très intéressantes. Ensuite, les élèves peuvent rapporter la parole du groupe à l’ensemble de la classe pour un échange, une confrontation des points de vue. Cela favorise l’expression et le brassage d’idées.

Pour finir, les enseignants peuvent demander aux enfants « comment faire pour que cette égalité soit visible pendant une rencontre sportive », en proposant des actions concrètes…

Là aussi, c’est pertinent. La difficulté de transformer les pratiques vient principalement du fait que les comportements et les références culturelles sont intériorisés : il est difficile d’en prendre conscience, et tout ce qui rend visible et explicite va y aider. J’invite également les enseignant.es à s’adresser « à toutes et à tous » et à bien parler de « joueuses et joueurs ». « Arbitre », « secrétaire », pas de problème, mais attention à ne pas décliner les fonctions uniquement au masculin : le langage c’est important, c’est le pendant oral de l’écriture épicène. L’égalité filles-garçons passe aussi par l’image : il faut aussi donner des modèles féminins : nommer des handballeuses, des footballeuses, des championnes et pas seulement des champions. C’est ce que montre bien l’exposition sur la place des filles dans les pratiques sportives réalisée par l’institut ÉgaliGone.

Est-il plus aisé de mettre en place de tels débats avec des écoliers qu’avec des collégiens ?

Ce qui est intéressant, à l’école primaire, c’est que l’enseignant.e est toute la journée avec ses élèves : cela favorise la transversalité. Si on veut changer les regards, c’est à tous les moments de la vie, et à tous les moments de la vie de l’école : pendant les cours de mathématiques, de français, de sciences, ou lors de l’élection et des prises de parole des délégués de classe. J’ajoute que, concernant l’égalité filles-garçons, l’EPS et le sport scolaire permettent de faire un zoom sur le pire et le meilleur.

N’est-il pas aussi plus facile de susciter l’expression des enfants avant la puberté ?

Non, je ne crois pas, car l’imprégnation des stéréotypes par l’apprentissage social se fait dès le plus jeune âge. Croire que les enfants sont moins porteurs de signes sexués que les adolescents, c’est faux, c’est à déconstruire.