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Benjamin Expert, 38 ans, est l’un des 4 professeurs des écoles disposant en Dordogne d’une décharge hebdomadaire d’une journée pour développer l’Usep sur leur secteur. En poste dans la région de Bergerac, il détaille les différents aspects de sa mission, appuyée sur un engagement en faveur du sport scolaire entamé en Gironde. À la veille de la Semaine olympique et paralympique 2022, Benjamin Expert explique également comment le programme d’animations s’adaptera aux contraintes sanitaires.

Benjamin Expert, vous êtes professeur des écoles en Dordogne, avec un poste à mission Usep : en quoi cela consiste-t-il ?

Ces postes ont été créés à la rentrée 2018 pour développer les activités Usep dans un département rural très étendu – le 3e de France métropolitaine en superficie –, avec peu d’installations sportives et donc de coûteux déplacements pour participer aux rencontres départementales. Cela expliquait le très faible nombre d’enfants licenciés par rapport à la population scolaire. Nous sommes 4 à bénéficier d’une décharge d’une journée pour développer les associations de secteur et les rencontres de proximité. Enseignant dans une école en regroupement pédagogique intercommunal (RPI) à Saint-Georges-de-Montclard, je me suis porté candidat pour le sud-Dordogne, fort d’une précédente expérience de 9 ans en Gironde, où le fonctionnement est toutefois différent.

En quoi l’est-il ?

En Gironde l’Usep se pratique le mercredi après-midi, et en Dordogne en temps scolaire. Il y avait aussi une vingtaine de postes Usep alors qu’en Dordogne nous sommes 4. En revanche, mes collègues et moi avons une décharge d’un jour par semaine, quand en Gironde nous animions 3 heures d’Usep sur l’école où nous étions affectés. Notre rôle est de susciter la création d’associations de secteur réunissant plusieurs écoles et d’animer ce réseau, ce qui passe par des échanges téléphoniques, des rendez-vous sur place… En septembre, je fais ainsi le tour des écoles intéressées par le programme de l’année et nous concevons ensemble des rencontres à 4 ou 5 classes. J’affine ensuite ce calendrier pour chaque bassin de collège. Il y en a 11 sur mon secteur, identifié comme celui de Bergerac mais qui correspond à tout le sud du département. C’est vaste !

Quel a été impact de votre poste sur les effectifs ?

À mon arrivée sur le secteur à la rentrée 2015, il y avait zéro association et zéro licencié. J’ai d’abord créé mon association pour les 50 enfants de mon RPI. J’ai ensuite organisé quelques rencontres avec les écoles les plus proches. Mais c’est la création du poste à mission Usep qui a été déterminante. Mon association, « Le Cèpe », regroupe aujourd’hui 7 écoles et 300 licenciés1. Trois autres ont rapidement vu le jour sur le même modèle et nous fédérons aujourd’hui 16 écoles et 700 enfants, de la maternelle au CM2. Parallèlement à la création des associations, j’invite aussi les écoles à solliciter le label Génération 2024 et j’accompagne les directeurs dans leur demande. Six écoles sur 16 sont aujourd’hui labélisées.

Combien de rencontres proposez-vous chaque année ?

J’essaie de proposer à chaque association de 3 à 6 rencontres, entre celles de secteur, plus modestes, et celles communes à toute la zone comme une étape du P’tit Tour ou une journée balle ovale, qui peuvent réunir jusqu’à 600 ou 700 élèves. Si elles le souhaitent et en ont les moyens, les associations peuvent y ajouter la participation à des rencontres départementales.

En quoi votre parcours personnel vous a-t-il conduit à remplir cette mission Usep ?

J’ai découvert l’Usep à l’IUFM2 de Bordeaux, où dans notre parcours de formation il était proposé d’aider à l’organisation de rencontres. Déjà issu du sport associatif, cela m’a plu et, dès ma première année d’enseignement, en 2007, j’ai postulé à un poste Usep en Gironde.

Vous avez la réputation d’être une mine d’or concernant les activités sportives, d’inventer des jeux et des rencontres…

C’est grâce à mon parcours à l’Usep Gironde. Les semaines annuelles de stage communes à tous les titulaires d’un poste Usep m’ont permis de découvrir un large panel d’activités et différents types de rencontres. C’est là, et dans les formations régionales, que j’ai acquis cette culture et cette expérience. Parallèlement, je suis aussi entraîneur de handball depuis 15 ans et, plus jeune, j’ai aussi pratiqué le tennis ou le rugby.

Comment s’effectue la programmation annuelle ?

Pour chaque cycle, lors des 5 périodes qui découpent l’année j’essaie d’aborder tous les champs d’apprentissage de l’EPS : réaliser une performance mesurée, s’exprimer à travers une performance artistique ou acrobatique, s’opposer collectivement et individuellement, découvrir un milieu naturel… Le programme proposé laisse aux écoles une certaine latitude. Par exemple, en mars-avril j’ai ciblé les jeux collectifs. Sur cette base, les écoles programment leur enseignement en EPS et nous choisissons l’activité : une année c’est le hand, la suivante le basket… Mon rôle est également d’offrir des ressources pour concevoir les séances du cycle d’apprentissage. Sur des activités particulières où les enseignants sont moins à l’aise, comme l’escrime ou le vélo, il m’arrive aussi d’animer avec eux la première séance. L’idée est que 3 ou 4 écoles travaillent une même activité sportive, avec une rencontre de secteur pour clore ce cycle d’apprentissage.

Les enseignants sont-ils demandeurs de cet appui pédagogique ?

Oui, très, et aussi de prêt de matériel et de la formation continue que nous proposons à l’échelle du département : tchoukball, vélo, badminton… Je m’attache aussi à leur montrer qu’il n’est pas indispensable de disposer d’installations sportives pour développer le sport scolaire : le hand ou le badminton se pratiquent très bien sous le préau ou dans la cour d’école, surtout quand le protocole sanitaire limite drastiquement la pratique à l’intérieur !

Comment intégrez-vous dans votre programmation les opérations nationales, L’athlé ça se vie !, La maternelle entre en jeu ou le P’tit Tour ?

Pour l’athlétisme et la maternelle, je privilégie les rencontres de secteur avec peu de classes. À l’inverse, les deux étapes du P’tit Tour que nous organisons sont de celles qui réunissent le plus d’enfants. Scolarugby se met également en place en partenariat avec les clubs locaux et donnera lieu à de grandes rencontres dès avril. La déclinaison des opérations nationales s’intègre dans un programme départemental qui comporte aussi 4 rencontres Grand stade handball organisées aux 4 coins de la Dordogne, dont l’une à Bergerac. S’y ajoutent des initiatives régionales, comme « Tours et détours en Aquitaine » : une invitation à découvrir le patrimoine naturel et local à travers la randonnée pédestre ou la course d’orientation. J’ai aussi importé de Gironde les rencontres Useplages, où les enfants retrouvent en fin d’année, sur le sable d’une base nautique, des activités pratiquées plus tôt dans l’année. Volley, tchoukball, flag-rugby…

Dans votre programme figurent aussi la Journée olympique du 23 juin et la Semaine olympique et paralympique, qui débute fin janvier. Pourrez-vous l’organiser normalement ?

Nous nous adapterons au protocole sanitaire. En lien avec les championnats de France de badminton, organisés la première semaine de février à Périgueux, nous avons décidé de nous appuyer sur cette activité en cycle 3, en l’élargissant aux jeux de raquette en cycle 2. Dès l’an dernier, notre équipe départementale a organisé pour cela des formations badminton pour les enseignants. Ces rencontres étaient réservées aux labélisées Génération 2024, avec une prise en charge du transport par le comité Usep et le Conseil départemental, et une invitation faite aux classes à assister aux matches la semaine suivante. Nous avons évidemment dû modifier le projet. Plus de brassage de classes et plus d’EPS en gymnase, sauf à très basse intensité et avec port du masque, ce qui exclut le badminton. La grande rencontre prévue le 25 janvier pour le sud-Dordogne a donc été annulée, mais je vais aider les enseignants à animer l’activité en extérieur dans leur école. Nous avons également maintenu les visioconférences avec des joueurs participant aux championnats de France, en espérant pouvoir ensuite les rencontrer et les voir en action. Pour l’instant c’est maintenu car la jauge est suffisamment grande pour accueillir les classes.

Au-delà, commet remplissez-vous votre mission dans ce contexte de résurgence de l’épidémie de Covid-19 ?

Quand le brassage est interdit, nous continuons d’accueillir les classes sur nos rencontres, avec une rotation sur les ateliers pour qu’elles ne se croisent pas. Nous conserverons ce mode d’organisation tant qu’il le faudra, avec actuellement les contraintes supplémentaires qui pèsent sur pratique en intérieur. Dès les premiers beaux jours, il sera plus facile de s’en affranchir…

Et en termes de développement du sport scolaire ?

La persistance de l’épidémie dissuade les nouveaux adhérents potentiels. C’est pourquoi les créations d’associations prévues sur de nouveaux secteurs ne se sont pas matérialisées. En revanche, nous n’avons perdu aucune école. Les enseignants nous savent gré de nos efforts pour proposer malgré tout des rencontres. Il y a aussi un côté militant que je m’efforce d’insuffler et d’entretenir. Les collègues qui s’investissent partagent cette fibre de l’engagement associatif. En résumé, dans un contexte incertain, nous n’avons pas créé d’associations ni gagné de licenciés, mais nous n’en avons pas perdu.

(1) L’association est un modèle de vie associative, avec un comité directeur enfant élu et des parents qui siègent à celui de l’association, laquelle propose diverses activités hors temps scolaire en plus des rencontres sportives.

(2) Institut universitaire de formation des maîtres, devenu depuis Inspé (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation).

 

Une équipe départementale pour développer l’Usep

« Dans un contexte défavorable, l’Usep réunit à ce jour en Dordogne 3 438 licenciés enfants contre 2 500 en 2017, et 46 associations contre 36, sachant qu’en zone rurale les nouvelles venues fédèrent souvent plusieurs écoles, explique le délégué départemental Usep Gaël Lassalvetat. Toujours dans un contexte compliqué, nous avons organisé 104 rencontres en 2020-2021, contre une cinquantaine avant la création des postes à mission Usep. Au-delà des statistiques, l’apport de ces collègues est précieux pour le délégué que je suis. Nous partageons et échangeons beaucoup, c’est très dynamisant. »