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En Haute-Vienne, les randonnées pédestres ont changé de visage depuis le lancement en 2017 de l’opération « À la porte de mon école ». Celle-ci propose aux classes Usep de créer un topoguide nourri d’informations sur la faune, la flore et le patrimoine local. Depuis, les rencontres de masse ont cédé la place à des invitations échangées entre écoles pour découvrir les parcours réalisés par les enfants. 45 topoguides devraient ainsi être disponibles en téléchargement d’ici la fin de l’année scolaire, explique le délégué départemental, Julien Roussel.

Julien Roussel, comment est née l’opération À la porte de mon école ?

Nous proposions jusqu’alors des randonnées de masse pour lesquelles nous balisions spécialement un chemin. C’était lourd à organiser pour une seule journée, et toutes les associations ne pouvaient en profiter. D’où l’idée de créer des parcours pérennes. Il s’agissait aussi d’impliquer davantage les enseignants et les enfants. Une expérimentation a été menée en 2017-2018 avec une première école, à Nieul, au nord-ouest de Limoges. Nous avons ensuite déployé l’opération l’année suivante auprès d’une dizaine d’autres.

Quels sont les rôles respectifs de l’enseignant et du délégué Usep ?

En septembre-octobre, le délégué ou le chargé de mission départemental vient présenter le projet aux classes inscrites, avec en main des topoguides déjà réalisés afin que les élèves aient une idée du produit fini. Ces classes vivent ensuite une randonnée sur un parcours créé par une autre école. À partir de ce moment, l’enseignant devient le pilote du projet. Il fait le lien avec les partenaires locaux et définit le contenu avec les élèves. Nous restons cependant disponibles : si certaines classes mènent le projet en autonomie, d’autres ont besoin d’un accompagnement. Nous effectuons ensemble les sorties de repérage et aidons au travail de « production » en classe, jusqu’à la mise en page. Ces projets sont généralement menés sur l’année scolaire, avec une randonnée inaugurale en mai-juin.

Sous quelle forme les topoguides se présentent-ils ?

Ils comportent de 8 à 12 pages et sont conçus sur le même modèle. En couverture figurent le nom donné au chemin, une photo, la localisation de la commune et les infos de base (longueur, temps, difficulté). Sur les autres pages, on trouve une carte et un descriptif détaillés du parcours, des photos des principaux points d’intérêt, des jeux ou un quizz et des suggestions d’activités. À titre d’exemple, les enfants de l’école Jules-Ferry de Limoges proposent de compter le nombre de boîtes aux lettres de la Poste rencontrées en chemin, de trouver une fresque murale, de composer un herbier ou d’écouter le chant des oiseaux les yeux fermés en essayant de les reconnaître… Ces livrets sont tirés à 150 exemplaires en moyenne, et parfois le double pour une grosse école dont plusieurs classes sont impliquées, afin que chaque enfant ait le sien. Des mairies en réimpriment aussi pour leur comptoir d’accueil ou leur office du tourisme. Nous installons également devant l’école un panneau d’information avec un QR code permettant leur téléchargement. Précisons qu’il n’y a aucun balisage. Le descriptif du parcours doit se suffire à lui-même.

Quel coût cela représente-t-il ?

Environ 250 € pour l’impression de 150 exemplaires et la réalisation d’un panneau, avec un financement qui provient de l’Agence nationale du sport, du Conseil départemental et parfois des mairies. Nous avons également bénéficié d’un appel à projet de la Drajes (Direction régionale académique à la jeunesse, à l’engagement et au sport) sur les sports de nature et le patrimoine.

En plus des mairies, qui contribuent à donner de la visibilité au projet lorsqu’elles organisent des inaugurations officielles, ces topoguides mobilisent-ils d’autres partenaires ?

Oui : les associations dédiées au patrimoine local et l’un des deux parcs naturels régionaux du département lorsqu’une commune se trouve sur leur territoire. Les parents d’élèves sont aussi un appui indispensable : quand l’enseignant n’habite pas sur place, ils l’aident à trouver des chemins et accompagnent ensuite lors des différentes sorties.

S’agit-il de projets de classe ou d’école ?

Les deux. Souvent, le projet mobilise une classe, mais ailleurs c’est plusieurs, de différents niveaux. Parfois, deux livrets sont créés, l’un tourné vers le patrimoine et l’autre vers la faune et la flore. Parfois aussi, les enfants de cours préparatoire et élémentaire travaillent sur une variante raccourcie du parcours principal. Il peut y avoir aussi répartition des tâches : les CM1-CM2 réalisent le guidage et la cartographie, tandis que les CP et les CE1-CE2 effectuent des recherches, prennent des photos et proposent des activités, autant d’éléments que leurs aînés mettent à profit pour finaliser le topoguide.

L’opération n’est donc pas réservée aux enfants de cours moyen…

Pas du tout. Des topoguides ont même été créés par des enfants de grande section de maternelle. Cela va moins loin, mais ce sont bien les enfants qui s’investissent dans le choix et la description du parcours, qui s’effectue alors sous forme de dictée à l’adulte.

En quoi s’agit-il de projets pluridisciplinaires ?

Derrière un topoguide, il y a tout un travail de recherche, de production d’écrits, de repérage spatial et de cartographie, de prises de vues… Certaines écoles vont jusqu’à faire réaliser la mise en page informatique par les enfants. Et les débats en classe autour des contenus sont des exercices de citoyenneté très concrets ! Les questions environnementales sont également abordées à travers une charte du randonneur, le ramassage de déchets sur les chemins et l’utilisation des Clés Usep de l’éducation au développement durable. Certaines classes proposent d’ailleurs des activités directement en lien avec cette thématique.

Et comment transformer ces projets en rencontres sportives associatives ?

Ils le deviennent lors de l’ouverture du parcours, quand la classe auteure d’un livret en invite d’autres à l’étrenner.

Y a-t-il une parenté avec l’opération Un chemin, une école développée dans les années 2000 avec la FFRando ?

Non. Celle-ci n’avait d’ailleurs pas été déclinée en Haute-Vienne. « À la porte de mon école » ne s’appuie d’ailleurs pas forcément sur la réhabilitation d’un chemin. En revanche, celui-ci peut être autant utilisé par des classes que par le grand public.

L’opération s’est développée ces deux dernières années en pleine pandémie. Quel en a été impact ?

Au printemps 2020, de nombreux projets se sont retrouvés brutalement stoppés par le confinement au moment où ils se déployaient. Mais ensuite, la randonnée pédestre étant une activité extérieure aisément pratiquée « sans brassage », le contexte incertain de l’année scolaire 2020-2021 a renforcé l’intérêt des enseignants. Nous avons aussi beaucoup communiqué, en informant notre réseau à la sortie de chaque nouveau topoguide, afin de susciter l’envie.

Jusqu’à créer une association Usep ?

C’est le cas au Dorat, où l’école s’est affiliée à l’Usep pour développer ce projet et profiter de nos interventions autour du Savoir Rouler à Vélo. Mais 70 % des écoles du département sont déjà affiliées à l’Usep.

L’opération mobilise-t-elle surtout des écoles rurales ?

Pas seulement. Il y a de plus en plus de randonnées urbaines créées par des écoles de Limoges par exemple. Deux d’entre elles vont d’ailleurs se lancer sur les quartiers historiques du Vieux Limoges et faire découvrir la cathédrale, les jardins de l’évêché et la gare, son campanile et son fameux dôme…

À ce jour, 21 livrets sont proposés en téléchargement : d’autres projets sont-ils en cours ?

24 nouveaux livrets sont en cours de réalisation. À la fin de l’année, tout le département devrait être ainsi maillé. Des randonnées pourront alors être organisées dans chaque secteur, à l’initiative des associations.