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Peut-on parler d’e-rencontre pour caractériser les exercices physiques proposés par l’Usep aux enfants en période de confinement ? Et celle-ci entre-t-elle dans le cadre de la « rencontre sportive associative » dont l’Usep a fait sa marque de fabrique ? Les réponses de Geoffroy Noir, secrétaire national formation-communication-ressources et membre du groupe de travail « e-rencontre ».

Geoffroy Noir, durant la période de confinement liée à l’épidémie de Covid-19, de nombreux comités Usep ont proposé aux enfants des écoles, confinés avec leurs parents, des activités physiques appelées défis-maison ou e-rencontre. Quelle est la différence ?

Il a d’abord été proposé des situations, inspirées de nos défis-récré, afin que les enfants conservent une activité physique journalière Puis cela a pris une forme plus construite, avec des programmes sur la semaine. Parallèlement, des comités ayant dû annuler des rencontres ont eu l’idée de les adapter, en utilisant les outils numériques pour pallier l’impossibilité faite aux classes de se rencontrer physiquement. Les défis-maison ont été imaginés par les délégués départementaux (entourés de nombreux bénévoles) en puisant dans les ressources pédagogiques Usep, et largement relayés auprès de toutes les écoles par les conseillers pédagogiques. Les e-rencontres, elles, ont plutôt concerné des classes adhérentes de l’Usep.

La e-rencontre est-elle compatible avec le concept de rencontre sportive associative, forgé par l’Usep pour affirmer la spécificité du sport scolaire du premier degré ?

Après l’avoir passée au crible des cinq dimensions qui caractérisent la rencontre sportive associative, nous pensons pouvoir affirmer que oui, elle l’est !

Premièrement, la e-rencontre est bien un projet pour et par l’enfant, et pour la famille.

Deuxièmement, elle s’inscrit comme pratique complémentaire de l’EPS et participe à la mise en œuvre des parcours éducatifs, dans la mesure où elle utilise des outils Usep conçus dans ce cadre, avec un souci de variété : déplacements dans différents types d’environnement, activités artistiques telles que la gymnastique, le cirque ou la danse, et même oppositions individuelles ou collectives. Pas de matchs de foot bien sûr, mais de la pétanque en doublette par exemple. La notion de performance est également présente à travers le chronométrage ou le décompte de la réussite, dans les lancers par exemple.

Troisièmement, on retrouve bien les trois temps de la rencontre Usep : avant (avec la nécessité de s’inscrire, de rechercher des informations et de se préparer, de s’entraîner), pendant et après (avec un retour sur ses performances et l’envoi d’une vidéo ou d’une réalisation plastique).

Quatrièmement, la e-rencontre s’adapte aux singularités de chaque enfant. Elle associe même toutes les catégories d’âge, de la maternelle aux adultes, qui sont invités à participer avec leurs enfants. Cela passe par l’aménagement de l’espace, du temps, des règles et du matériel.

Enfin, cinquièmement, l’enfant est acteur de sa rencontre, ne serait-ce que pour mettre en place les dispositifs des situations proposées.

Nous considérons donc la e-rencontre comme une forme de rencontre sportive associative particulière, à laquelle on prend part à distance.

Sa particularité réside aussi dans sa durée extensible, alors qu’une rencontre classique est organisée sur la demi-journée ou la journée…

En effet : on peut prendre part à une e-rencontre sans la vivre en même temps que les autres. Cela peut être sur la semaine, la quinzaine, voire le mois comme le proposent jusqu’au 23 juin les comités bretons à l’échelle de la région.

Pendant le déconfinement, des e-rencontres ont aussi associé enfants présents en classe et camarades restés à la maison…

C’est une façon de conserver le lien entre les enfants. Et pour vivre aussi la e-rencontre en classe, il a fallu adapter les exercices au protocole sanitaire.

Les défis-maison et la e-rencontre ont associé les parents et touché des écoles non affiliées à l’Usep : comment transformer cela en un engagement plus durable ?

Les comités départementaux Usep ont veillé à ce que les contenus mis à disposition soient bien identifiés « Usep ». Souvent, les conseillers pédagogiques qui les ont transmis savent quelles écoles les ont utilisés. À nos délégués et responsables de secteur de se rapprocher d’elles, en lien avec les conseillers pédagogiques et en s’appuyant sur ce qui a été vécu pendant le confinement, pour leur proposer d’adhérer à l’Usep afin de participer à des rencontres « physiques ». La Journée nationale du sport scolaire de septembre prochain est l’occasion idéale pour cela.

Y aura-t-il des e-rencontres Usep en 2020-2021 ?

Dans un contexte normalisé, la e-rencontre n’existe pas en tant que telle. L’essence de la rencontre sportive associative Usep est en effet de permettre à l’enfant de se confronter à l’autre et de sortir de son environnement habituel. En revanche, nous réfléchissons à la façon d’intégrer dans nos rencontres les potentialités du numérique. Par exemple en associant sur certains moments des gens à distance : les parents par exemple, pour encourager les enfants ou participer avec eux à des débats associatifs sur les valeurs de l’olympisme, la santé, etc. Nous pourrions également nous inspirer de l’opération Mondi@l-USEP pour développer les échanges entre classes, avant et après la rencontre à laquelle elles auront pris part ensemble.

Certains ont cependant vu dans la fracture numérique l’une des limites de la e-rencontre…

C’est une réalité : la fracture numérique renforce les inégalités sociales. C’est pourquoi, comme pour les autres matières, dans un souci de continuité pédagogique les enseignants ont fait passer les éléments de la e-rencontre sous forme papier, même si cela s’est fait à la marge.

De même, tous les comités Usep ne sont pas en pointe sur la e-rencontre…

C’est pourquoi nous leur proposons de se lancer à l’occasion de la journée olympique du 23 juin, lors de laquelle chaque comité est invité à décliner sa propre e-rencontre. Des outils sont à leur disposition pour qu’ils fassent ce premier pas et le cahier des charges leur a été présenté lors d’une visioconférence.

Au-delà, pourquoi avoir décidé de fêter cette journée olympique du 23 juin 2020 sous forme d’e-rencontres ?

Il s’agit de matérialiser la fin d’une saison particulière, tronquée, mais qui, dans un contexte de confinement inédit, a vu émerger des initiatives et des contenus riches de promesses. Ce rendez-vous du 23 juin, qui peut être élargi à la semaine, comme en région Centre-Val-de-Loire, doit permettre de rendre visible tout ce qui a été fait, et de fédérer les énergies en se projetant sur l’échéance de 2024, avec l’appui du Comité national olympique et sportif français (CNOSF).