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Pierre Gardette, 60 ans et tout jeune retraité, jette un regard rétrospectif sur son parcours d’enseignant, de militant Usep et de conseiller pédagogique EPS dans une circonscription rurale de Dordogne. Le contexte a changé, la profession aussi, mais le passé peut éclairer l’avenir…

Pierre Gardette, comment êtes-vous devenu enseignant et animateur Usep ?

Par hasard : étudiant en droit, je ne me destinais pas à l’enseignement. J’ai passé le concours pour voir, ou par atavisme, puisque ma mère était elle-même institutrice. Une fois reçu, j’ai fait l’école normale et embrassé la carrière… Moi qui, à la fac, présidais l’association sportive, j’ai atterri sur ce qui en 1983 s’appelait un poste OPS, « œuvres périscolaires » : j’animais un centre de loisir du mercredi après-midi. Avec le collègue qui s’occupait de l’Usep dans cette école de Thiviers, j’amenais aussi les gamins sur les rencontres. C’est là que j’ai attrapé le virus. En plus des manifestations départementales, nous organisions beaucoup de rencontres inter-écoles. Et je participais aux stages de formation Usep, moments conviviaux où se retrouvaient de nombreux collègues.

Et ensuite ?

Je me suis retrouvé sur un poste itinérant « intégration et soutien » : ça non plus, ça n’existe plus ! Je déchargeais les collègues durant les réunions de l’équipe éducative. Dans l’une des écoles où j’intervenais, j’accompagnais les enfants sur les rencontres Usep. Par ailleurs, j’en organisais moi-même en athlétisme dans le cadre d’un concours parrainé par l’Usep et la Revue EPS. Puis, en 1997, j’ai été nommé dans une école maternelle d’application de Périgueux, où je suis devenu maître-formateur. Comme en Dordogne l’Usep n’œuvrait pas encore en maternelle, j’ai pris un peu de recul. Jusqu’à ce qu’en 2004 je devienne conseiller pédagogique EPS sur la circonscription Nontron-Nord Dordogne. J’y ai pris la suite d’un certain Jean-Michel Sautreau, élu cette année-là président national de l’Usep… Tout naturellement, j’ai réintégré le comité départemental et, jusqu’à l’an passé, j’ai mis en place des rencontres Usep dans ma circonscription.

Tout le monde partageait-il la même conception de la fonction ?

Pour moi, organiser des rencontres Usep était bien la tâche d’un CPC. Cela faisait partie de la « lettre de mission » confiée par mon IEN de l’époque, notamment pour la raison suivante : les rencontres Usep sont un cadre privilégié pour échanger de façon non contrainte avec les collègues. En formation ou lors de visite d’évaluation, la relation est descendante, sinon hiérarchique, et la parole pas aussi libre. Sur les rencontres Usep, je pouvais jouer ce rôle de grand frère bienveillant qui correspond à ma conception de la fonction. Enfin, avec l’évolution du métier de professeur des écoles, et le nombre croissant de contraintes, les collègues, qui souvent habitent loin de leur école, sont moins disponibles pour organiser eux-mêmes les rencontres.

Vous le faisiez à leur place ?

Quand on prend un nouveau poste, on se sait attendu, et au départ je prenais souvent tout en charge moi-même. Mais, progressivement, avec les différents délégués Usep, j’ai cherché à m’appuyer davantage sur les enseignants, et aussi sur les élèves. Je les impliquais, en lien avec ce que sont aujourd’hui les domaines 2 et 3 du socle commun des apprentissages, qui rejoignent les objectifs éducatifs de l’Usep. Une part de l’organisation était systématiquement confiée aux enfants, même si les adultes étaient là derrière eux. J’ai toujours défendu le rôle du CPC dans l’organisation des rencontres Usep face à une administration qui estimait que ce n’était pas de notre ressort. Autonomie, prise d’initiatives, éducation à la citoyenneté : une rencontre sportive où des élèves de différentes écoles pratiquent ensemble, et mettent la main à la pâte, n’est-il pas le meilleur moyen de mettre cela en œuvre ?

Vous étiez aussi très investi dans l’organisation du P’tit Tour Usep

Le P’tit Tour, à pied ou à vélo, permet de réaliser une performance mesurée, en lien avec l’EPS, mais aussi de découvrir le patrimoine local. Je disais aux classes que je rencontrais : faites-nous découvrir, à moi et aux enfants des autres écoles, ce qui est beau dans votre village. Bien souvent, les élèves eux-mêmes ne connaissaient pas ce patrimoine ! Le partenariat noué autour de la randonnée avec le conseil départemental a donné lieu à des rencontres sur des sites comme les gorges de l’Auvézère, où les enfants allaient au bout d’eux-mêmes et en prenaient plein les yeux : cela dépasse le seul cadre de l’EPS. Quant au vélo, des enfants qui ne savaient pas en faire en début d’année scolaire effectuaient sans problème les 35 km le jour venu. Et comment mener à bien un tel projet sans la logistique Usep ?

Vous étiez également connu pour vous déguiser sur les rencontres…

On vous a dit ça ? C’est vrai : sur les rencontres maternelles, il m’est arrivé de faire le loup pour engager les enfants dans l’activité, à travers une histoire. Et, à la piscine, lors des évaluations de fin de cycle et des tests du savoir-nager, je me déguisais en pirate. Cela amusait les grands et permettait aux petits d’oublier leurs appréhensions. Personne n’aime mettre la tête sous l’eau. Mais pour éviter des boulets de canon, on ne se pose pas la question !

Des CPC EPS comme vous, on n’en fait plus…

Disons que chacun apporte toujours une touche personnelle à sa fonction… Plus sérieusement, aujourd’hui en Dordogne les CPC sont des généralistes, avec un dossier EPS réduit à une portion congrue relevant davantage de l’administratif que de la pédagogie.

Dans le même temps, comment l’Usep a-t-elle évolué ?

J’ai vu les rencontres basculer du périscolaire vers le temps scolaire, en raison de la moindre disponibilité des collègues. Dans ce contexte, les comités sportifs et le conseil départemental sont désormais des partenaires indispensables. Mais la nouveauté, c’est la décharge hebdomadaire d’une journée accordée depuis l’an passé à quatre collègues pour animer l’Usep dans leur secteur. J’ai ainsi pu passer le flambeau à ma collègue Margaux dans ma circonscription du Nord-Dordogne.

Vous restez néanmoins élu au comité départemental ?

Je termine mon mandat. Nommé CPC EPS, c’était pour moi une évidence de retrouver un cénacle que je fréquentais depuis les années 1980. À présent, place aux jeunes ! Même si, dans le cadre de mes nouvelles responsabilités au sein du comité départemental de golf – une passion d’âge mûr –, je serai sans doute prochainement amené à organiser des rencontres avec l’Usep…