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Fille d’enseignants engagés à l’Usep, Caroline Devallière perpétue dans son village des Hautes-Alpes la tradition d’un sport scolaire qui élargit l’horizon des élèves sur des territoires parfois enclavés.

Caroline Devallière, vous pratiquez le sport scolaire dans votre école de Chauffayer. Mais, vous-même, avez-vous connu l’Usep enfant ?

Oui, et j’en garde un souvenir formidable. C’était en CM2, à l’école du stade, à Gap, où après plusieurs postes d’enseignants remplaçants mes parents avaient enfin été titularisés. Je me souviens tout particulièrement du critérium départemental d’athlétisme : un grand moment. Et aussi des écoles de natation et de handball que mon père, Jean, avait créées en regroupant les associations Usep de Gap. Il était militant du sport scolaire de longue date, depuis ses premiers postes dans le Cher.

Devenue enseignante à votre tour, avez-vous tout de suite fait de l’Usep ?

Dès ma première année, à Rosans, à la limite de la Drôme. C’était un peu le bout du monde, trois classes et une soixantaine d’enfants en comptant les maternelles. La rencontre Usep était un rendez-vous important pour les écoles du secteur, l’occasion de côtoyer d’autres enfants, d’autres collègues. L’année suivante j’ai été nommée ici à Chauffayer, à 30 km au nord de Gap : 300 habitants seulement mais un bassin de recrutement qui s’étend sur plusieurs villages. J’y ai relancé l’association Usep avec ma collègue de cycle 2.

Que représente l’Usep dans une école de village ?

Une ouverture sur d’autres horizons. Nous avons notamment parmi nos élèves des enfants d’agriculteurs qui ne partent jamais en vacances. Je me souviens de l’un d’eux qui, dans le car qui nous emmenait à des Jeux régionaux près de Marseille, m’avait confié : « Maîtresse, c’est la première fois que je prends l’autoroute… » Pendant le trajet, il avait aussi remarqué : « Oh, ils ont déjà fait tomber les foins par ici. C’est tôt, pourtant. » Son univers se résumait à la vallée du Valgaudemar. J’avais trouvé ça émouvant.

À combien de rencontres participez-vous dans l’année ?

Nous participons en moyenne à 5 rencontres, dont 3 sont immuables : la Nuit des refuges et les grandes rencontres d’athlétisme et de handball. S’y ajoutent deux autres qui varient selon le programme départemental et ce que nous pouvons organiser avec nos collègues du secteur. Nous essayons d’innover : par exemple, cette année la rencontre athlétisme était intergénérationnelle, avec des relais réunissant les enfants et les parents.

Vous vous impliquez particulièrement sur la rencontre handball…

C’est normal, ayant été moi-même handballeuse. La première a été organisée en 2001, au stade-vélodrome de Marseille, à l’occasion du Mondial en France. Depuis 4 ans, cette organisation régionale est ventilée sur les départements. Nous ne tournons plus à 1500 enfants ou davantage, mais cela reste de beaux rassemblements. Le 6 juin dernier, 700 enfants étaient réunis à Gap.

Vous siégez au comité départemental, où vous côtoyez votre père, aujourd’hui retraité. Êtes-vous toujours d’accord avec lui ?

Non ! Nous avons souvent des débats passionnés dans la voiture, par exemple au sujet de l’implication des enseignants dans l’Usep. Je suis assez intransigeante : quand des collègues se désengagent de l’Usep parce qu’il y a moins de rencontres clé en main, ça me révolte ! On n’est pas au Club Med ! Mon père, lui, part du principe qu’il faut conserver ces adhérents plus passifs et s’efforcer de les impliquer davantage ensuite. Ce sont de petites divergences de forme, pas de fond. Suis-je trop idéaliste ? Je rêve d’une Usep qui corresponde à l’image que j’en avais lorsque j’étais enfant. Et j’aimerais que certaines instances prennent davantage conscience que le sport scolaire est un rempart formidable contre la sédentarité, l’obésité et l’isolement.